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  • Il est rare qu' un Chinois ravale sa fierté nationale mais un domaine fait exception. "Si c'est un match d'une ligue européenne, je regarde ; si les équipes sont chinoises, je zappe, résume Chen Xiaochuan, un chauffeur de taxi shanghaïen de 49 ans, dépité à la seule évocation du niveau exécrable de la sélection nationale et de la corruption dans les clubs locaux. Même la Corée du Nord est meilleure." Les Chinois apprécient le football mais ont franchement honte des performances de leur pays, de plus en plus habitué au rang de numéro un dans bien d'autres domaines.

    Pourtant, un heureux événement donne une lueur d'espoir à M. Chen, assis derrière son volant : la prochaine arrivée de Nicolas Anelka dans le club de Shanghaï, les Shenhua. L'enfant terrible du foot français a décidé de quitter les Blues de Chelsea pour les Diables bleus de Shanghaï. L'attaquant doit emménager dans la capitale économique chinoise en janvier 2012.

    Les attentes sont grandes. Dans un quartier éloigné du sud de Shanghaï, le garde gringalet à l'entrée du centre d'entraînement des Shenhua n'en revient pas de voir désormais des journalistes étrangers se présenter chaque jour. Sortant d'une salle de musculation un peu défraîchie pour rejoindre la pelouse, le milieu de terrain Yu Tao, doyen des Shenhua et longtemps leur capitaine, prend quelques instants de pause dans le froid pour livrer son analyse : "Anelka sera le joueur le plus observé de Chine." Il voit en son futur coéquipier un excellent buteur et la promesse d'améliorer le classement du club qui, à la fin de la saison 2011, n'a fini que 11e sur les seize équipes que compte la Super Ligue chinoise, l'équivalent de la Ligue 1. "Il a cette capacité de faire la différence à l'issue d'un match, c'est un excellent buteur."

    Le club refuse de dévoiler le montant exact du transfert mais précise que le salaire d'Anelka sera supérieur à ses revenus au club londonien de Chelsea. On évoque la somme de 234 000 euros par semaine, ce qui ferait d'Anelka le footballeur français le plus payé au monde.

    C'est un grand coup médiatique pour le propriétaire du club, Zhu Jun. A 45 ans, celui qui a fait fortune dans les jeux vidéo en ligne, grâce notamment à la licence chinoise du très populaire World of Warcraft, partage sa vie entre Shanghaï, sa ville natale, et Singapour où est basée sa société. Un volet du contrat inclut d'ailleurs que Nicolas Anelka associe son image à Firefall, le nouveau jeu dont il détient les droits, ce qui explique la curieuse juxtaposition de la photo de l'attaquant et du portrait en images de synthèse d'un androïde futuriste sur le site des Shenhua.

    "Zhu Jun a toujours promis qu'il offrirait un champion à Shenhua", témoigne le leader du club de supporteurs des Diables bleus, qui se fait appeler "Ding Ding" (Tintin, en chinois). Les supporteurs sont partagés sur la personnalité du magnat, qui leur fait là le plus gros cadeau de l'histoire du foot chinois mais est aussi connu pour ses frasques. Il incarne à sa façon le demi-sérieux avec lequel le ballon rond est considéré en Chine. Les fans des Shenhua ne lui ont toujours pas pardonné d'avoir fusionné leur équipe avec le club rival de la ville, Shanghai United, en 2007. Cette année-là, Zhu Jun avait imposé à l'entraîneur de le faire entrer en personne sur le terrain lors d'un match amical contre Liverpool !

    L'annonce de l'arrivée d'Anelka a été suivie de celle de l'arrivée d'un autre Français, Jean Tigana, en qualité d'entraîneur. Lors de la signature de son contrat, dimanche 18 décembre, en présence du directeur du club, Zhou Jun (qui, au "o" près, porte le même nom que le propriétaire du Shenhua), l'ancien coach de Bordeaux a expliqué avoir regardé de nombreux matches de l'équipe et de ses adversaires. Visiblement conscient du défi, il a expliqué dans une savante langue de bois : "Il n'y a pas de miracle, c'est le travail de tous les jours, le travail de terrain, qui fait progresser les joueurs."

    En privé, l'encadrement du club confie qu'il fallait bien se doter d'un entraîneur de stature internationale pour espérer remonter la pente... et gérer un joueur du niveau d'Anelka, auquel les clubs chinois sont peu habitués, mais dont ils n'ont manqué aucune frasque médiatique. Shanghaï dit avoir les moyens de se doter d'une seconde superstar occidentale du football mais veut d'abord en discuter avec le nouvel entraîneur. Les règles de la fédération tolèrent cinq étrangers par équipe, dont un doit être asiatique. L'objectif avoué à demi-mot est de remporter le championnat en 2012. La saison dernière, ce sont les Hengda - "toujours grands" - de Canton qui ont remporté le titre.

    Canton avait été rétrogradée en deuxième division en 2010 à la suite de révélations sur un scandale de matches truqués. 200 000 yuans (24 245 euros) avaient été déboursés pour convaincre l'équipe adverse de perdre, un classique du football chinois. Pour remédier à ces tricheries, le gouvernement central a encouragé le rachat des clubs par des entrepreneurs fortunés. L'équipe de Canton, ville majeure du Sud-Est, a été reprise par un groupe immobilier qui a mis la main à la poche. Les joueurs touchent des primes de 25 000 yuans (3 000 euros) chacun par match remporté, en plus de leur salaire. Et les dirigeants ont cassé la tirelire pour recruter le Brésilien Cleo et l'Argentin Dario Conca. Ce dernier gagnerait 8 millions d'euros par an. Un chiffre énorme lorsque l'on sait qu'un footballeur chinois, même connu, gagne rarement plus de 5 millions de yuans (600 000 euros) par an.

    A Dalian, port industriel du Nord-Est, le "tycoon" de l'immobilier, Wang Jianlin, a promis, lui, d'investir 50 millions de yuans dans la sélection nationale, notamment pour lui offrir un entraîneur étranger. Ce richissime propriétaire de centres commerciaux de luxe avait lâché les rênes de l'équipe locale, les Shide, une décennie plus tôt, dégoûté par le piteux état du foot chinois.

    Cette débauche de moyens changera-t-elle la donne ? Malgré l'arrivée de Nicolas Anelka, "les Chinois restent très pessimistes sur le niveau national et leur intérêt pour ce sport a baissé", estime le journaliste Ji Yuyang, qui suit le foot chinois depuis quatorze ans et travaille pour le site Internet Goal China. "Shanghaï compte 20 millions d'habitants et le stade de Hongkou a 35 000 places, mais il est rare qu'il attire plus de 10 000 supporteurs, se désole-t-il, les gens préfèrent aller au concert." Il pense lui-même qu'il faudrait cinq années d'efforts pour que le foot local se hisse à un niveau international car les jeunes talents se font rares. La cure de remise en forme débutera par des mesures simples : à Shanghaï, Jean Tigana a annoncé qu'il voulait faire changer les appareils de musculation.

    Dans un café du sud de la ville, Ding Ding, le supporteur no 1 des Shenhua, maillot des Diables bleus sur le dos, explique que le football professionnel chinois est très jeune (le club des Shenhua n'a été fondé qu'en 1993) et qu'il a été délaissé pendant les années de socialisme. "Attirer les grands noms internationaux ne suffira pas", estime le trentenaire, qui ne serait toutefois pas mécontent que le riche propriétaire des Shenhua parvienne à convaincre une autre star de Chelsea, Didier Drogba, de rejoindre son ancien complice. Ding Ding croit savoir que l'équipe de Canton a essayé, en vain, de débaucher l'ex-attaquant du PSG Ronaldinho, et n'en revient toujours pas qu'Anelka débarque dans quelques semaines : "Pour un joueur étrangers les arbitres ici sont si mauvais. Même la pelouse n'est pas toujours bien entretenue."

    D'autres connaisseurs du foot chinois racontent qu'il n'est pas rare non plus que les joueurs descendent une bière ou fument quelques cigarettes lors des dîners organisés avec les fans. Un ailier des Shenhua, Mao Jianqing, au club entre 2004 et en 2009, fut même détenu pendant une semaine pour s'être battu violemment avec un homme dans un restaurant et avoir blessé au passage deux femmes. " Il avait un bon potentiel, de l'avenir, mais il buvait certainement trop", dit Ding Ding. Le club s'est délesté de la plupart de ces joueurs controversés, ce qui devrait alléger la tâche du nouvel entraîneur.

    Les supporteurs pensent également que le football souffre du désintérêt du gouvernement. Comme il l'a fait pour les Jeux olympiques de 2008, Pékin n'hésite pas à débourser des milliards lorsqu'il s'agit d'organiser des événements qui lui donnent du rayonnement à l'international. L'Etat a ainsi mis en place un système de formation des athlètes dans les disciplines qui rapportent des médailles. Mais la Chine peine à obtenir des résultats satisfaisants dans les disciplines les plus médiatisées à l'étranger comme le tennis et le football. "Ils sont plus intéressés par une victoire aux Jeux olympiques et préfèrent donc dire que le ping-pong est le sport national", juge un supporteur des Diables bleus qui refuse de donner son nom pour évoquer un sujet qu'il juge "politique".

    Les mentalités pourraient évoluer avec l'arrivée d'une nouvelle génération de dirigeants à la tête du Parti communiste chinois à l'automne 2012. Promis au poste de président de la République populaire et de secrétaire général du parti, Xi Jinping, l'actuel vice-président, a récemment assigné trois objectifs au football chinois, sans se risquer à fixer un délai : qu'il se qualifie pour la Coupe du monde, qu'il l'organise sur son territoire et qu'il la remporte ! Commentaire amusé du supporteur des Shenhua : "C'est certainement pour lui faire plaisir que tous les millionnaires offrent à la Chine des joueurs internationaux."
     
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