
C'est un fait. Barack Obama se soucie moins de l'Europe que celle-ci ne l'espère, ne l'attend. Le président américain est pragmatique. Il sait que l'avenir s'ancre plus vraisemblablement du côté pacifique. Les raisons du cœur motivent également ses choix et le démocrate, né à Hawaii, élevé en Indonésie, cultive une grande admiration pour l'Asie. Mais l'amour présidentiel n'est pas tout à fait aveugle, du moins pas encore. Si, mi-novembre, le locataire de la Maison-Banche a passé plusieurs jours en Chine, en Corée, au Japon pour resserrer les liens entre l'Asie et les Etats-Unis, il n'entend pas pour autant courber l'échine aux moindres quémandes venant du Pacifique en général, et de la Chine en particulier.
Après Google et Taiwan
Ainsi peut-on analyser la décision de Washington de maintenir le rendez-vous fixé entre Barack Obama et le dalaï-lama. L'entrevue aura lieu jeudi 18 février, au sein même de la Maison-Blanche. C'est donc le leader américain lui-même qui s'entretiendra avec le chef spirituel tibétain. Pas un obscur conseiller, ni la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, ni même sa femme, Michelle. Non. Malgré les réprimandes de Pékin, "s'opposant fermement à la visite du dalaï lama aux Etats-Unis et à ce que des dirigeants américains reçoivent le dalaï lama", le rendez-vous aura bien lieu. "Le dalaï lama est un dirigeant religieux respecté dans le monde entier, c'est un porte-parole pour les droits des Tibétains", a précisé le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs, en soulignant que le président espérait que la rencontre serait "constructive".
Cette entrevue prend d'autant plus d'importance qu'elle s'inscrit dans un contexte difficiles pour les relations sino-américaines. Il y a d'abord eu "l'affaire Google". Mi-janvier, le géant d'Internet menaçait de quitter la Chine, une réponse en forme d'aveu aux attaques informatiques massives et à la censure imposée par le gouvernement chinois. Il y avait également eu les tensions formées autour de Taiwan. Fin janvier, Washington avait conclu un contrat d'armement de plus de 6,4 milliards de dollars avec Taipei. Une provocation pour la Chine qui, en représailles, décidait de suspendre ses échanges militaires avec les Etats-Unis. Pékin prévoyait aussi des "sanctions appropriées envers les sociétés américaines impliquées".
L'ambiance n'est donc pas à la franche camaraderie entre les deux puissances. Le rendez-vous fixé jeudi ne devrait rien arranger même si, du côté américain, on essaye de minimiser l'étendue des différents entre les deux rives du Pacifique.
Source:
http://www.francesoir.fr/amerique-du-nord/2010/02/15/obama-dalai-lama.html