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    Ce que les médias étrangers n'ont pas été autorisés à voir, en revanche, ce sont les événements consécutifs à ces émeutes de rue : des rafles massives, menées par l'armée et la police chinoises, visant la population ouïgoure masculine de façon indiscriminée. Une répression que les autorités chinoises se sont employé à recouvrir d'une chappe de plomb.

    Et pour cause. Une enquête menée par l'organisation Human Rights Watch (HRW) rendue publique, mercredi 21 octobre, établit que la Chine a non seulement procédé à des arrestations massives, pendant des semaines, dans les quartiers ouïgours, mais que nombre des personnes arrachées à leur domicile et littéralement empilées à l'arrière de camions militaire, le visage contre terre, n'ont, depuis, plus jamais donné signe de vie.

    Leur trace s'est perdue. Leurs familles ont été tenues dans l'ignorance totale de ce qu'il leur est advenu. La police, quand elle a été interrogée, a affecté de ne rien savoir. La plupart des victimes sont des hommes jeunes. Parfois des adolescents ou des enfants.

    Verrouillage total

    HRW ne s'aventure pas à évaluer avec précision le nombre total de telles "disparitions forcées", un crime dont la dénonciation a fait l'objet en 2005 d'une Convention de l'ONU (que la Chine n'a pas signée). Le pouvoir chinois a donné des chiffres contradictoires sur les arrestations. Il a aussi commencé à prononcer des sentences de mort ou de prison à l'encontre de personnes accusées d'avoir pris part aux émeutes d'Urumqi. Selon HRW, "bien plus de mille personnes" ont été arrêtées.

    Le rapport porte sur un échantillon de familles ouïgoures, contactées au hasard et dans la plus grande clandestinité. Il documente 43 cas de disparitions forcées, mais en maquillant les noms et les lieux. "Tous les témoins avaient peur. Certains disaient qu'ils n'osaient même pas parler de cela avec des voisins", note HRW. Les lignes de téléphone international, Internet, et d'autres moyens de communication ont été entravés. Les familles n'ont aucune structure locale à qui s'adresser, susceptible de défendre le minimum de droits de la personne. C'est ce verrouillage total, cette coupure du monde extérieur, qui frappent à la lecture du rapport, à l'heure de la Chine "mondialisée".

    Durant l'été, donc, soldats et policiers chinois ont régulièrement bouclé des quartiers ouïgours entiers, notamment ceux de Erdaoqiao et Saimachang. Ils ont arraché des hommes à leur domicile, les ont alignés dans la rue, agenouillés, la tête couvertede leur chemises, et parfois battus. Ils ont ensuite sélectionné des groupes d'hommes, sans critères apparents, et les ont jetés à l'arrière de camions ou dans des bus. Destinations inconnues.

    Une femme ouïgoure raconte : "Les policiers sont arrivés en grand nombre, ils attrapaient tous les hommes jeunes qu'ils pouvaient trouver, ceux qui habitaient dans le quartier et ceux de passage. J'ai vu comment ils les ont emportés. Nous ne pouvions rien dire, ni nous ni les familles. Personne ne sait aujourd'hui où ils sont".
     
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