« Je dénonce ce complot contre moi et mes vice-présidents. On veut atteindre un président d’université qui n’est pas de la même couleur politique que Mme la ministre », a déclaré le président de l’université de Toulon, Laroussi Oueslati, finalement lâché lundi par Pécresse alors qu’il est mis en cause dans le cadre d’une enquête sur un supposé trafic de diplômes au bénéfice d’étudiants chinois.
Coriace, Oueslati, effectivement conseiller régional PRG, n’a donc rien trouvé de mieux que de crier au « procès d’inquisition » quand le ministère déplorait pressions et mises à l’écart de certains témoins gênants au sein de la fac. Comme le révélait Bakchich Hebdo cette semaine.
Le rapport d’inspection - qu’a pu consulter Bakchich - rendu cet été à Valérie Pécresse, la ministre de l’enseignement supérieur, est pourtant accablant.
Si pour l’instant les faits de corruption n’ont pas encore été établis (certains étudiants chinois auraient obtenu leurs diplômes moyennant finance), le rapport est sans ambiguïté sur l’implication de Oueslati dans l’admission massive d’étudiants chinois et ce quel que soit leur niveau et leur maîtrise du Français.
Les enquêteurs montrent qu’il a ainsi pris la tête d’une commission de sélection des étudiants étrangers, au mépris des statuts de l’université, qui n’aurait pas été justement très sélective… Devant la gravité des faits, la ministre a demandé au recteur de l’Académie de Nice, Christian Nique, de saisir la section disciplinaire pour étudier le cas de celui qui est aussi conseiller régional PRG.
Oueslati a semble-t-il fait en sorte que cette section disciplinaire élue par le conseil d’administration où il compte beaucoup d’amis ne lui soit pas trop défavorable.
Dans un courrier confidentiel du 11 septembre 2009, le recteur explique d’abord que « plusieurs irrégularités ont entaché la constitution de la section disciplinaire à laquelle il a été procédé lors de la séance du Conseil d’Administration du 25 mars 2008 », avant de demander sa recomposition. Une nouvelle section a donc été constituée le 21 septembre dernier. Mais entre l’ancienne et la nouvelle mouture, une modification de taille : deux syndicalistes étudiants ont disparu de la liste !
Un communiqué signé des syndicats de l’établissement dénonce aussitôt « Une section disciplinaire sur mesure » et « demande au recteur ou à madame la ministre de saisir le conseil de discipline du CNESER(Conseil national de l’Enseignement supérieur et de la recherche) qui, seul, peut statuer en toute impartialité. » Depuis, sur le campus, tout le monde craignait l’enterrement de première classe de cette section disciplinaire composée d’amis du président.
Pécresse, sans doute pour éteindre l’incendie, alors que plusieurs facs font l’objet d’enquêtes similaires, en a décidé autrement.
Des témoins limogés
Un chargé de mission de l’université qui souhaite conserver l’anonymat témoigne : « Les placardisés comme moi commencent à faire une belle équipe ». Le dernier en date, Gilles Martin, qui était le président de la Validation des Acquis de l’Expérience mais aussi de la Validation des études supérieures (VES) au centre du processus d’admission des étudiants étrangers a été débarqué sous prétexte qu’il n’assurait pas ses obligations statutaires. « Gilles Martin est un témoin embarrassant, c’est pour cela qu’il a été limogé, même si Oueslati s’en défend. Je me souviens même d’une fois où il s’était plaint des voyages fastueux organisés entre universités étrangères. Comme beaucoup de gens en profitent, peu en en parlent. Mais il faut savoir que dans certains pays, en Chine par exemple, ils sont reçus comme des ministres. Certains disent que c’est une véritable mafia ».
Depuis des semaines, Oueslati multipliait les pressions sur les enseignants ayant témoigné dans le rapport se multiplient.