
Le déficit budgétaire américain pourrait dépasser les 1400 milliards de dollars.
Les Etats-Unis, la plus grande économie du monde, termineront leur dernier exercice budgétaire sur un déficit abyssal de 1409 milliards de dollars. Certes, la crise économique est passée par là. Mais elle n’explique pas tout. François Savary, économiste chez Reyl
& Co à Genève, le confirme.
1400 milliards de dollars de déficit pour les Etats-Unis, est-ce si grave?
C’est préoccupant si l’on rappelle que c’est trois fois le déficit de l’exercice précédent. Je veux bien que la crise ait forcé le gouvernement à procéder à des dépenses exceptionnelles. Mais même sans elles, les chiffres restent inquiétants.
Les Etats-Unis sont-ils donc un mauvais élève en matière budgétaire?
Il y en a d’autres. Leur déficit représente 9,9% du produit intérieur brut. Ce chiffre est de 8,5% en France et de 12% en Grande-Bretagne. Et on pourrait encore citer de nombreux autres pays européens. Mais il n’en reste pas moins que les Etats-Unis jouent un rôle particulier sur la scène du commerce global. Ils sont en quelque sorte le moteur de la croissance mondiale grâce à leur demande intérieure. D’ailleurs, 2010 va être à cet égard un test crucial. Si la consommation redémarre sans mesure étatique supplémentaire, le déficit a quelques chances de se stabiliser et même de se réduire si, au retour de la croissance, correspond une augmentation des recettes fiscales. Mais dans le cas contraire, Washington devra peut-être prendre d’autres mesures et alourdir un peu plus encore son déficit.
Et les déficits nourrissent la dette.
Evidemment. Du coup, les Etats-Unis financent cette dette en émettant des bons du Trésor. Lesquels ont rencontré un succès certain dans une période averse au risque du fait de la crise financière et économique. Mais le problème, c’est que si l’inflation remonte tendanciellement, comme on peut s’y attendre à mon avis – jusqu’à peut-être 5% à moyen terme – cela va coûter cher aux Etats-Unis quand il s’agira pour eux de se refinancer sur les marchés.
On dit que la Chine détient en bons du Trésor un tiers de la dette des Etats-Unis.
C’est exact. Ces deux géants sont économiquement dépendants l’un de l’autre. Mais les rapports doivent changer. Petit à petit, la Chine, par sa demande intérieure, doit soulager les Etats-Unis de leur rôle de moteur de la consommation mondiale et ainsi permettre aux Américains d’augmenter leur
capacité d’épargne. En outre, cela permettrait aux mêmes Etats-Unis de diminuer un autre de leurs déficits, celui de leur balance commerciale, qui reste, malgré l’amélioration des quinze derniers mois, dans les chiffres rouges tandis que les Chinois croulent littéralement sous les excédents. Mais ce rééquilibrage prendra du temps, plusieurs années probablement. C’est tout le défi du cycle de transition dans lequel nous sommes pour, probablement, les 4 à 5 prochaines années.
Quelles autres mesures pourrait prendre Washington?
D’abord en finir avec certains allégements fiscaux, notamment ceux accordés par George W. Bush en 2003. Puis, dans un second temps et une fois que la reprise se sera installée, il s’agira pour les Etats-Unis de revoir en profondeur leur système fiscal. Ils seraient bien inspirés d’introduire une taxe sur la valeur ajoutée, qui viendrait se substituer à la taxe sur les ventes dont le taux est fixé par chaque Etat. La force des Etats-Unis tient justement à leur capacité d’innovation et donc à la grande valeur ajoutée qu’ils créent, d’où la pertinence d’introduire une TVA. Ensuite, ils devraient aussi penser à accroître les taxes sur les carburants. Ce ne serait sans doute pas très populaire mais c’est une idée qui leur servirait à démontrer qu’ils font également des efforts pour résoudre le problème climatique.
Source:
http://www.tdg.ch/geneve/economie/chine-cles-resoudre-deficit-etats-unis-2009-10-08