
Il choquera ceux qui savent que les cours des matières premières ont joliment progressé. L'indice Reuters CRB, qui fait la moyenne des cours des principaux produits de base, n'a-t-il pas crû de 28 % depuis début 2009 ? Essentiellement parce que le premier importateur mondial de matières premières a reconstitué ses stocks de pétrole, fer, cuivre, nickel, plomb, tungstène, etc. pour profiter des cours déprimés du début 2009.
Pourtant, hormis le sucre qui a continué vers les sommets en raison de la pénurie annoncée en Inde, voilà que les champions ont trébuché, début août. Même le nickel et le cuivre hésitent, alors que les statistiques du Nord comme du Sud disent la reprise à portée de main.
"Le restockage chinois est terminé, explique Frédéric Lasserre, responsable des études sur les matières premières chez Société générale Cross Asset Research. Si une vraie consommation ne prend pas le relais, le potentiel de hausse va s'essouffler. Les interrogations des investisseurs portent sur la durabilité de la croissance chinoise, au moment où les autorités de Pékin sifflent la fin de la récréation et de leur très généreuse distribution de crédits." De là à penser que la Chine a mangé son pain blanc et que le redémarrage de l'économie mondiale va tourner court...
L'autre sujet d'inquiétude qui douche l'enthousiasme des investisseurs, poursuit M. Lasserre, "c'est le débat qui a cours aux Etats-Unis sur la possibilité de limiter les positions futures que peuvent détenir sur les marchés les acteurs purement financiers".
Derrière ces termes épouvantablement techniques se cache une interrogation qui pourrait être reformulée de la façon suivante : en spéculant sur les matières premières des milliards de dollars, hors de toute logique "physique", les investisseurs, fonds spéculatifs ou gestionnaires de fortune, suscitent des "bulles" très dangereuses. Ne conviendrait-il pas de fixer un plafond au montant de leurs interventions pour éviter une financiarisation excessive de ces marchés ?
L'ennui, explique M. Lasserre, c'est que ce plafond pourrait être inférieur aux quantités que ces investisseurs ont placées dans leur portefeuille et "la résorption de cet excès donnerait lieu à des ventes, donc à des baisses de prix". Une deuxième bonne raison pour attendre et voir.
Alain Faujas
Source:
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/08/29/la-chine-faiblit-elle-par-alain-faujas_1233303_3232.html