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  • Cette région, islamisée au VIIIe siècle avec la formation d'un royaume de Turcs Ouïghours au Gansu occidental (province voisine selon les divisions administratives actuelles), était un creuset de civilations et de peuples, y compris hans, depuis l'antiquité.

    Après une brève République du Turkestan oriental, les communistes chinois la libérèrent "pacifiquement" à leur arrivée au pouvoir à Pékin, en 1949. De quelque 6% alors, la proportion des Hans est passée à environ 40% aujourd'hui, faisant presque jeu égal avec les Ouïghours, effondrés de devenir minoritaires sur leur propre terre.

    "Les Chinois hans ne nous aiment pas, ils nous méprisent et nous font subir des discriminations", dit Abdullah, ouïghour.

    "La plupart des entreprises chinoises ne veulent pas embaucher de Ouïghours et quand elles nous embauchent, elles nous traitent mal", explique cet homme de 28 ans qui vit à Urumqi, la capitale provinciale secouée par des émeutes meurtrières dimanche dernier.

    "Je gagne environ 1.100 yuans par mois (120 euros), mais les Hans ont entre 3.000 et 4.000 yuans pour le même travail", affirme Abdullah, employé dans une aciérie d'Etat.


    Dans un récent rapport intitulé "l'identité ethnique ouïghoure menacée", Amnesty International dénonçait "l'inaction de l'Etat face à la discrimination". "LÉtat chinois ne protège pas les Ouïghours contre la discrimination à lembauche, ce qui a engendré des taux de chômage particulièrement élevés chez les Ouïghours du Xinjiang et alimenté le mécontentement", écrivait l'organisation.

    "Même les diplômés universitaires, parlant couramment le chinois, ont des difficultés à trouver un emploi", soulignait-elle.

    Zhang Xuesheng, un Han de 52 ans ayant pratiquement toujours vécu au Xinjiang, met l'accent sur les problèmes linguistiques.


    "La communication ne passe pas, cela conduit à beaucoup d'incompréhension. Bon nombre de Ouïghours savent qu'ils ne s'en sortiront pas s'ils ne parlent pas le chinois. En même temps il serait bien que les Chinois (hans) ici apprennent le ouïghour", dit-il.

    "J'adore cet endroit, j'adore les Ouïghours. On va dépasser tout ça". Certains Ouïghours, appartenant à la nouvelle génération éduquée, tempèrent aussi: "Ces dernières années, les minorités se sont bien entendues avec les Chinois (ndlr, hans) et nos vies se sont améliorées", dit Akbar, dans un parfait mandarin.

    Le gouvernement soutient que les émeutes qui ont fait 184 morts, selon lui, mais peut-être plusieurs milliers dans les rangs ouïghours, selon la dissidente en exil Rebiya Kadeer, n'étaient ni religieuses, ni ethniques. Pour Pékin, elles ont été fomentées de l'étranger, notamment par Mme Kadeer, pour briser "l'harmonie ethnique".


    "Ils disent que les émeutes n'étaient pas liées à des problèmes religieux mais depuis, nous n'avons pas eu le droit d'aller à la mosquée", relève Zabuti, un ouïghour, devant une mosquée, fermée, proche du marché oriental d'Urumqi.

    Zabuti dit que sa communauté n'en est pas surprise, le gouvernement ayant toujours considéré les mosquées comme des terrains pour le séparatisme et l'extrémisme.

    Selon Amnesty International, les autorités exercent un "contrôle strict sur les mosquées et les religieux", les fonctionnaires "risquent de perdre leur emploi s'ils s'engagent dans une activité religieuse" et "les enfants de moins de 18 ans ne sont pas autorisés à rentrer dans les mosquées ni à recevoir une quelconque forme d'éducation religieuse".

    "Nous avons des décennies de répression derrière nous", déclare Maimaiti Jiang, un commerçant d'Urumqi. Mais après les émeutes, "j'ai peur que la situation ne devienne très difficile, ajoute-t-il.
     
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