Sortie de crise: hors de la Chine, point de salut?
13 mai 2009 - Marianne 2
On va donc attendre de pays, tels que la Chine, qui se caractérisent par des excédents commerciaux croissants, de tirer la demande mondiale par leurs importations !
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Sortie de crise: hors de la Chine, point de salut?
13 mai 2009 - Marianne 2
On va donc attendre de pays, tels que la Chine, qui se caractérisent par des excédents commerciaux croissants, de tirer la demande mondiale par leurs importations !
![]() Malakine - Blogueur associé | Mercredi 13 Mai 2009 à 00:08 | Lu 838 fois
Imprimer Augmenter la taille du texte Diminuer la taille du texte Pour Patrick Artus, devenu quasi-porte parole des économistes officiels, les économies exportatrices vers les pays émergents s'en sortiront mieux que les autres. Un raisonnement vicié par le prisme libre échangiste. La contraction de l’activité économique mondiale a frappé les pays de manière différenciée. Ceux qui ont ont été le plus durement touché sont, d’un côté, les pays structurellement exportateurs dépendant de la demande mondiale, et à l’inverse les pays dont la croissance était financée par l’endettement des ménages, ce qui les rendait dépendant des facilité d’accès au crédit. La France ne présentant aucune de ses caractéristiques est logiquement un peu moins touchée que les autres. On aurait tort pourtant de se réjouir d’une quelconque supériorité du modèle français. Cette meilleure résistance à la crise ne présage en rien d’une meilleure adaptation au nouveau contexte de l’après crise. Car, même si la mondialisation demeurait en l’état, la sortie de crise s’effectuerait dans un contexte profondément modifié, marqué par l’arrêt de la stimulation de la demande par l’endettement privé ou public et par l’entrée des pays européens dans une phase de retournement démographique. Certains modèles économiques demeureront viables dans cette nouvelle mondialisation à la demande atone. D’autres en revanche deviendront intenables. La fracture passera au sein de l’Europe entre les pays suffisamment bien connectés aux dernières sources de croissance et ceux qui en resteront à l’écart. Le couple franco-allemand comme l’Europe elle-même n’a guère de chance d’y survivre. La mondialisation sans la demande américaine La question de modèle de croissance en sortie de crise butte sur une question angoissante : Par quoi remplacer la demande du consommateur américain financée par l’endettement ? La réponse des Etats a été de lui substituer une demande publique financée, elle aussi, par la dette, mais cela ne durera bien évidemment qu’un temps. Ensuite, nul ne sait d’où pourra provenir la demande qui fera tourner l’économie. L’idéal serait d’accroître les salaires. Malheureusement cette option est impraticable dans un système de libre échange. Le pays qui s’aventurerait dans cette voie dégraderait aussitôt sa compétitivité, ce qui ne se traduirait à terme que par plus de chômage et de déficits. Patrick Artus semble obsédé par le modèle de croissance d’après crise depuis qu’il s’est aperçu que la croissance, lorsqu’elle ne sera plus stimulée par l’endettement public ou privé, va revenir à son niveau potentiel c'est-à-dire bien trop bas pour traduire une réelle sortie de crise (1.5% en Allemagne, 1% en France, 0% en Italie) Dans une note du 11 mai, il tente d’identifier d’où pourrait provenir ce surcroît de croissance qui fait défaut. Naturellement, en bon libre échangiste qu’il est, une seule idée lui vient à l’esprit : la croissance des pays émergents ! Hors de la Chine point de salut ? On va donc attendre de pays, tels que la Chine, qui se caractérisent par des excédents commerciaux croissants, de tirer la demande mondiale par leurs importations ! Il y a là comme une contradiction dans l’énoncé … Car même dans l’hypothèse (pour l’instant purement théorique) où la Chine se retournerait sur sa demande intérieure, rien n’indique qu’elle renoncerait à son modèle d’économie exportatrice tant qu'elle bénéficiera d'un avantage sur les coûts. L’accroissement de ses importations (surtout s’il s’agit de biens d’équipement productifs type machines-outils) s’accompagnera d’un accroissement des exportations, ce qui ne manquera pas d’avoir des conséquences dépressives sur ses clients. Il est totalement abusif de présenter les pays émergents comme le moteur de la croissance de demain car, qu’il s’agisse des pays exportateurs d’hydrocarbures ou de biens manufacturés, leur développement est avant tout assuré par un prélèvement de richesses sur les zones de consommation (ou les anciennes zones de production) Tout cela n’est qu’une affaire de vases communiquants. Ce qui est gagné d’un coté est essentiellement pris de l’autre. Mais admettons ! Faisons l’effort de nous inscrire dans le monde rêvé de la mondialisation heureuse, où chaque pays se sera spécialisé sur les secteurs où il dispose d’un avantage particulier. Ainsi, toutes les activités qui étaient concurrencées par les pays à bas coût auront été définitivement détruites et ne substituera plus que des activités compétitives sur le plan mondial. Admettons également que le processus de redistribution des activités (la nouvelle division internationale du travail) se soit achevé et que les balances commerciales se soient stabilisées. Il est peu probable que ce processus de spécialisation soit d’ores et déjà arrivé été à son terme, mais soit ! C’est l'hypothèse dans laquelle se place Artus et ce sera certainement aussi l’hypothèse de travail des économistes officiels et de nos gouvernants. Il y aura certainement beaucoup d’appelés et peu d’élus (et donc beaucoup de baisés) Mais le fait est incontestable : Les pays qui auront su se connecter par leurs exportations à la croissance des pays émergents s’en tireront mieux que les autres. La fracture européenne Artus se demande donc qui seront ces appelés. Il examine la part des exportations vers les pays émergents dans le PIB de chaque pays et constate qu’elle représente 10% pour l’Allemagne, 9% pour les Pays-Bas mais seulement 4% pour la France, l’Italie et l’Angleterre et 2% pour l’Espagne. Naturellement selon la logique libérale qui veut que le succès comme l’échec se nourrissent d’eux-même, seules les courbes du haut sont en progression. En conjuguant les niveaux de croissance potentielle et la dynamique liée aux exportations, il en déduit que si l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Angleterre devraient pouvoir s’en sortir, la situation va être « dramatique » (c’est le mot qu’il emploie) en France, en Espagne et en Italie ! Artus n’a pas encore actualisé ses niveaux de croissance potentielle en les corrigeant du facteur commerce international, mais à mon avis, cela ne saurait tarder. Il ne tardera pas non plus à s’interroger sur le caractère soutenable de ces niveaux de croissance pour les pays concernés, notamment en les mettant en regard de leur dynamique démographique.On en connait déjà le résultat : 2% de croissance en Allemagne quand le nombre de jeunes arrivant sur le marché du travail va commencer à plonger à partir de 2010 va être considéré comme une performance satisfaisante. En revanche, une croissance quasi-nulle en France dont la population active va continuer à augmenter jusqu’en 2015 pour rester stable ensuite va être considérée comme une situation explosive ! Il ressort de ces anticipations que la mondialisation pourra rester viable pour certains pays même si la croissance mondiale se réduit durablement. Les bons élèves, ceux qui ont une bonne spécialisation sectorielle et géographique pourront tenir le coup. Mais les mauvais, ceux qui n’ont pas su se spécialiser en fournisseur obligé des pays émergents, péricliteront. Ou pour le dire autrement : si le libre échange dopé par la dette était supportable par tous. Sans le moteur de la dette, il ne sera tenable que par les champions de la compétitivité. Cette hypothèse doit naturellement être replacée dans la perspective européenne. Une fracture semble se dessiner entre l’Angleterre, l’Allemagne les Pays bas d’un côté et La France, l’Italie et l’Espagne de l’autre. Pour les premiers, l’insertion dans la mondialisation et le modèle libéral demeureront une option viable. Ils feront des efforts pour accentuer leur spécialisation (déjà engagée) et obtiendront certainement quelques résultats. Il n'y a donc aucune raison pour qu'ils abandonnent les dogmes néolibéraux. Que feront les seconds ? Vont-ils rester dans le sillage des premiers, en pensant pouvoir les imiter, par peur ou par lâcheté ? Ou vont-il comprendre que le jeu est biaisé car tout le monde ne peut pas asseoir sa croissance sur les exportations et vont-il s’extraire de l’Europe et des règles du libre échange mondialisé pour recouvrer leur souveraineté économique et monétaire afin de reconstruire un modèle fondé sur la stimulation de la demande intérieure ? Et si l’avenir de l’Europe s’appelait l’Union latine ? |