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Une étude mammouth sur plus de 20 000 Chinois met en évidence le rôle prépondérant de la pollution de l'air dite intérieure, et notamment des fumées issues de la combustion du charbon ou du bois dans les cuisines. Ses résultats paraissent aujourd'hui dans une édition en ligne de l'ERJ, la publication scientifique de la Société Européenne de Pneumologie (ERS).

On sait que la BPCO (Bronchopneumopathie chronique obstructive), qui regroupe principalement la bronchite chronique et l’emphysème, représente un problème majeur de santé publique dans le monde. Or, si cette grave maladie respiratoire est certes due principalement au tabagisme, très répandu en Chine, elle est loin d’être exceptionnelle chez les non-fumeurs. Au point que, comme le montre cette étude dans le Journal Européen de Pneumologie (ERJ), plus du tiers des patients chinois souffrant de BPCO (38.6%) n'ont jamais touché une cigarette !


La prévalence de cette affection chez les non-fumeurs est très variable d'un pays à l'autre: alors qu'elle n'est que de l’ordre de 6% dans la ville de Mexico, elle monte à 9% aux Etats-Unis et à près de 16% à Santiago du Chili. De tels écarts suggèrent donc incontestablement des différences majeures dans le mode de vie, le comportement, ou l’exposition à divers toxiques.

C'est donc pour déterminer précisément quels étaient les facteurs de risque de la BPCO chez les non-fumeurs de son pays que Pixin Ran (Hôpital universitaire de Guangzhou, Guangdong, Chine) a décidé d'entreprendre avec son équipe une vaste étude, à partir d’une cohorte connue de Chinois souffrant de BPCO.

Constituée entre 2002 et 2004, cette cohorte (baptisée CESCOPD) a été recrutée dans sept provinces chinoises couvrant une population de plus de 230 millions d’habitants, vivant en milieu rural ou urbain.


Sur 20 245 sujets de plus de 40 ans interviewés et examinés par spirométrie, les chercheurs ont analysé au final les données de 12 471 individus non-fumeurs et de 1 024 fumeurs souffrant de BPCO.


Les volontaires sélectionnés ont rempli un questionnaire détaillé concernant leurs habitudes tabagiques, leurs antécédents personnels et familiaux sur le plan respiratoire, et la présence de symptômes bronchiques, particulièrement ceux d'une toux chronique. Ils ont été interrogés aussi sur leur mode de vie, notamment sur leur éventuelle exposition à des fumées de combustibles (principalement bois et charbon, mais aussi herbes et bouses) utilisés pour le chauffage ou la cuisson.

Quant au diagnostic de BPCO, il a été dûment établi par spirométrie, avec des tests de bronchodilatation.


Les fumées de cuisine en accusation
Les résultats publiés dans l'ERJ vont faire date, et jettent une lumière inédite sur les caractéristiques de la BPCO en Chine. Pixin Ran montre tout d'abord que les BPCO non liées au tabac ont représenté plus du tiers des cas (38,6%), et que 5,2% des non-fumeurs sont atteints de BPCO.


Mais c'est surtout le profil de la maladie respiratoire, qui s’est révélé très différent chez ces non-fumeurs chinois. En ajustant toutes les variables, Pixin Ran et son équipe concluent en effet que l’exposition à diverses fumées domestiques (charbon, biomasse, etc…), représente un facteur de BPCO prépondérant chez les non-fumeurs.


Le tabagisme passif est évidemment incriminé, mais au même titre qu'une ventilation défectueuse de la cuisine.

Cette enquête chinoise montre ainsi que près d’un non-fumeur sur deux (44,6%) avait été exposé pendant au moins un an à des fumées provenant de la combustion de biomasse, destinée à la cuisson des aliments, et 73,2% aux fumées issues de la combustion de charbon, utilisée pour le chauffage ou la cuisson.


Facteur aggravant : la cuisine était mal aérée dans quatre cas sur dix. Or ce détail n'est pas secondaire, car les chercheurs découvrent que ce ne sont pas que les femmes qui subissent les effets délétères des fumées de cuisson. Les hommes qui y ont été exposés en paient aussi le prix fort.


Les auteurs de cet article de l'ERJ nous apprennent en outre que près de 80% des non-fumeurs chinois (78,2%) ont vécu dans un environnement tabagique. On savait que les enfants subissant un tabagisme parental avaient un plus grand risque de souffrir de maladie respiratoire chronique à l’âge adulte, mais le problème semble particulièrement aigu en Chine, où près de 40% de la population adulte fume, bien davantage que dans certains pays européens.


Une prévention possible
Cette étude chinoise inédite révèle aussi d'autres facteurs importants. Pixin Ran et ses collègues soulignent par exemple que la BPCO est plus fréquente chez les hommes d’âge avancé et chez ceux qui avaient bénéficié d'un faible niveau d’éducation, ou qui avaient des antécédents (familiaux ou personnels) de maladies respiratoires.


Un indice de masse corporelle (IMC) faible est également statistiquement associé à une BPCO. En revanche, l’exposition professionnelle à des fumées ou des poussières n’est pas apparue comme un facteur de risque indépendant chez les non-fumeurs.


En outre, l'importance relative de ces différents paramètres variait légèrement selon le stade d’évolution de la maladie respiratoire.
"Nos résultats peuvent probablement s’appliquer à d’autres pays en développement, comme l’Inde ou le Népal, qui connaissent les mêmes problèmes de pollution intérieure" estime le chercheur de Guangzhou.


Selon lui, une bonne fraction de ces pathologies respiratoires pourrait donc être évitée en misant sur l’éducation à la santé, mais aussi en améliorant la ventilation des cuisines et en réduisant le niveau de tabagisme.


"Une nouvelle étude est en cours pour évaluer l’impact de telles mesures. Ses résultats sont attendus prochainement" précise encore Pixin Ran.
 
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