
Shu Wen, Docteur en sociologie et diplômé en France, a exprimé qu' « au fur et à mesure que se développe l'économie chinoise, le peuple chinois devient de plus en plus aisé. De nombreuses personnes d'origine modeste intègrent les rangs des collectionneurs. Le nombre des collectionneurs chinois s'établit aux alentours de 30 millions de personnes. » De nombreuses personnes sont séduites par la collection d'articles anciens pour diverses raisons, qui par nostalgie, qui par simple plaisir ou goût du lucre.
Cinq vagues avaient déjà essaimé la société chinoise au cours de son histoire, les quatre premières s'étaient propagées parmi les familles de la classe noble lors de la période impériale. Une grande différence la sépare de cette nouvelle percée de collectionnite : celle-ci touche à présent presque toutes les classes sociales et stimule l'enthousiasme du peuple ordinaire.
Les goûts hétéroclites des collectionneurs
Panjiayuan, plus célèbre marché d'antiquités de Beijing, occupe une superficie de 48 500 m2, équivalente à celle de sept terrains de football. On peut y trouver des objets antiques et artisanaux tels que la porcelaine, les objets en bronze, le jade, les bijoux, les roches étonnantes, les calligraphies et peintures, entre autres.
Pour les nostalgiques de Mao, Panjiayuan constitue un endroit incontournable. Au cours des dernières années, les Petits livres rouges, les badges de Mao et les affiches de propagande qui pullulent ici et là ont déclenché un regain d'achats dans les salles de ventes folkloriques ou officielles.
Les affiches des années 1950 ou 1960, de par leur rareté, ont trouvé grâce aux yeux de nouveaux acquéreurs. Néanmoins leur rareté sur le marché fit de ces derniers une marchandise très prisée. La valeur de ces supports a monté en flèche.
Le neuvième art a lui aussi su trouver des faveurs auprès des bibliophiles, par ses nombreuses collections et son envergure. La BD représente un genre de collection très chinois. Sa diffusion battait son plein parmi les ouvrages populaires publiés et artistiques au vingtième siècle. Les années 1980 virent une période de vaches maigres pour ces illustrés, entraînant une chute significative des ventes, mais avec le nouvel engouement pour les collections, leur valeur artistique et historique fut rétablie.
Chacun rêve de trouver la main de Midas
Il ne fait aucun doute que l'arbre des férus de collection cache la forêt des opportunistes qui rêvent de s'enrichir en une nuit.
D'aucuns reprochèrent à la collection d'être un puits sans fond, où malgré des sommes colossales investies, la fortune ne sourit que très rarement.
« Actuellement en Chine, on compte plus de 70 millions d'adeptes de collections. C'est tout à fait insolite en cette période de transition économique » apprécie Ye Peilan (célèbre expert en quête de porcelaine qui officia au Musée de la Cité interdite pendant 40 ans), « Le plus important pour les néophytes est de s'atteler à l'étude puis de compléter leur expérience. »
Aux yeux de Bai Ming, fameux collectionneur d'origine modeste, les opportunistes sont légion chez les collectionneurs. « La collection d'antiquités requiert de solides connaissances historique, artistique et professionnelles, dans le cas contraire les désillusions seront nombreuses ».
« Depuis toujours, des commerçants qui incorporent des contrefaçons aux véritables antiquités, c'est tout à fait normal. A la différence des bibeloteurs, nous nous appuyons sur une expertise professionnelle. Pour nous, les capacités et aptitudes des experts sont vitales », a précisé Li Jun, vice-directeur de la Commission d'évaluation des objets artistiques du Ministère de la Culture.
Le Comité national d'évaluation des vestiges culturels, mis en place en Chine à partir de 1986, assume seulement la responsabilité de déterminer la valeur des vestiges culturels découverts ou recueillis par le gouvernement. Ses services restent donc hors de portée du commun des mortels.
Une nouvelle vitrine : les musées privés
Dans la foulée de la réforme et l'ouverture à l'aube des années 1980, économie et biens privés ont été protégés et placés sous l'aide du gouvernement, ce qui a encouragé l'apparition des collections privées.
C'est précisément à cette époque que des fervents ont inauguré les premiers musées, regroupant divers objets de leur collection privée. Ce phénomène se produisit tout d'abord dans des mégalopoles telles que Shanghai, avec une prédilection pour l'installation dans leur résidence principale. Etant donné que leurs articles ne font pas partie des vestiges culturels, les propriétaires ne s'inscrivent que très rarement auprès des services culturels du gouvernement pour l'approbation, souligne Li Wenchang, vice-rédacteur en chef de l'hebdomadaire « Vestiges culturels de Chine ». En effet les collectionneurs ne furent pas nombreux à se bousculer au portillon : jusqu'en 1996, le Bureau des vestiges culturels de Beijing approuva la mise en place de quatre musées privés.
La loi sur la protection des vestiges culturels, qui est entrée en vigueur en 2002, stipule que les citoyens peuvent échanger ou transférer juridiquement la propriété de leurs collections privées. Une nouvelle passion est alors née chez les collectionneurs désireux de fonder leurs musées privés.
Source:
http://www.bjinformation.com/alaune/txt/2008-10/10/content_156035.htm