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  • Reste à voir comment réagiront les entreprises venues au pays pour économiser.

    Il y a des travailleurs à Jonquière qui auraient bien aimé avoir la même chance. La compagnie Wal-Mart a vu ses 108 magasins en Chine se syndiquer au cours des deux dernières années. Pendant que les employés de son magasin de Saint-Hyacinthe se battent depuis bientôt quatre ans pour obtenir leur première convention collective, le géant américain du commerce au détail a déjà signé des ententes dans deux premiers magasins chinois. Les augmentations salariales accordées cet été étaient de l'ordre de 16 % en deux ans contre 12 % en trois ans dans les magasins non syndiqués des États-Unis. «La négociation collective est une obligation légale en Chine, et nous respectons la loi partout où nous sommes implantés», avait alors déclaré à la presse le porte-parole de la compagnie en Chine.

    Cette semaine marquera une nouvelle étape dans la syndicalisation des entreprises en Chine. Le pays a prévenu les 500 plus importantes entreprises étrangères basées sur son territoire qu'elles avaient jusqu'à la fin du mois pour que leurs usines et bureaux soient syndiqués. Le gouvernement dit s'attendre à ce qu'au moins 80 % de cet objectif soit atteint cette semaine. La prochaine étape doit être la syndicalisation de la totalité des entreprises en Chine (à l'exception des entreprises d'État) d'ici 2010.

    Ces mesures font suite à un resserrement, en début d'année, des lois du travail en Chine. Les nouvelles règles visent en particulier à réaffirmer le droit d'association des travailleurs, à obliger les compagnies à consulter leurs employés avant de prendre certaines décisions, ainsi qu'à assurer aux travailleurs une meilleure sécurité d'emploi, de meilleurs régimes de pension et d'assurance maladie et de plus généreuses indemnités de cessation d'emploi.

    Ces initiatives viennent du fait que Pékin se soucie de plus en plus des écarts croissants de revenus dans le pays, ainsi que de la dégradation des conditions de vie de ses travailleurs les plus modestes. On se préoccupe particulièrement du sort de ces immigrants de l'intérieur qui quittent les provinces pauvres pour venir s'entasser dans des dortoirs et travailler de longues heures pour des entreprises qui payent souvent en retard et toujours mal. Le régime chinois s'inquiète de voir l'augmentation du nombre de plaintes devant les tribunaux et de manifestations spontanées dans les rues dans ce pays où l'on a pourtant tout intérêt à se taire.

    La première réaction des grandes entreprises étrangères durant les mois qui ont précédé l'adoption de ces mesures a été de pousser de hauts cris scandalisés et d'exercer un maximum de pression pour faire dérailler le projet. On a dit craindre de ne plus pouvoir se débarrasser des employés incompétents et que le seul syndicat autorisé en Chine (appelé en anglais All-China Federation of Trade Union ou ACFTU) serve d'agent du régime dans les entreprises étrangères. On a surtout rappelé que, si l'on était venu en Chine, c'était parce que la main-d'oeuvre y coûtait moins cher, et on a déclaré sous forme de menace que, si cela devait changer, on irait ailleurs.

    Loin de se rendre, le régime a joué du bâton et de la carotte pour faire plier les contestataires. Aux compagnies qui ne feraient pas de chichi, on a promis qu'elles auraient un mot à dire dans le choix du président du syndicat de leurs employés et que leur contribution financière obligatoire à ce syndicat ne serait pas trop élevée. Aux autres, on a évoqué la perspective de contrôles fiscaux et de visites d'inspecteurs gouvernementaux incessants, de poursuites pour violation du droit d'association. Pour bien montrer le sérieux de ces menaces, on s'est arrangé pour que deux récalcitrants de la restauration rapide, McDonald's et Yum! Brands, se fassent copieusement ramoner par la presse chinoise pour des violations du droit du travail qui n'avaient pas été commises. Les deux compagnies ont compris la leçon et sont rentrées dans le rang. D'autres, comme Microsoft, FedEx et PricewaterhouseCoopers, hésiteraient encore.

    Des effets à long terme

    Les experts interrogés récemment par le New York Times ont répondu qu'il était encore trop tôt pour mesurer l'impact de la politique de syndicalisation des entreprises en Chine. Plusieurs multinationales, dont Wal-Mart, ont affirmé que tout se passait très bien, a rapporté le quotidien américain.

    Il faut dire qu'en fait d'augmentation des coûts de la main-d'oeuvre, la pénurie de travailleurs qualifiés qui commence à se faire sentir dans les grandes villes industrielles de la côte est avait déjà poussé vers le haut les salaires dans le secteur manufacturier de 30 à 40 % au cours des quatre dernières années. Il faut aussi dire que l'All-China Federation of Trade Union, comme ses parrains de Pékin, n'a jamais été très chaud à l'idée de bouleverser l'ordre établi et de faire des grèves. Sa plus récente contribution a été de fournir des centaines de milliers de «volontaires-supporteurs» pour mettre un peu de vie dans les gradins que l'on jugeait trop dégarnis aux derniers Jeux olympiques et paralympiques. Mais il faudra bien, quand même, qu'il fasse un jour son travail, sinon les abus continueront, et Pékin verra de plus en plus de travailleurs mécontents dans les rues.

    Ce jour-là, le sort des travailleurs chinois commencera à s'améliorer. Il est possible, et même probable, que certaines entreprises venues chercher une main-d'oeuvre la moins chère possible décident d'aller ailleurs, comme au Vietnam. Ce phénomène avait déjà commencé avant les réformes du droit du travail. Plusieurs entreprises choisiront quand même de rester pour conserver un meilleur accès à ce marché intérieur fabuleux. De toute manière, la Chine semble déjà vouloir aller au-delà de la production à faible coût et grimper dans les échelons de la valeur ajoutée.

    Ce phénomène finira bien par avoir une influence positive sur les conditions de travail dans les pays développés où, depuis des années, la Chine exerce des pressions à la baisse. Probablement pas tout de suite, les écarts entre les conditions de travail sont encore tellement grands. Mais sans doute à la longue, la Chine étant devenue tellement importante dans l'économie mondiale. Cela risque aussi, en contrepartie, d'augmenter le prix relatif de nos télévisions, montres, vêtements, lunettes, meubles, ordinateurs, laveuses et tous les autres produits fabriqués en Chine. On ne peut pas tout avoir.
     
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