
Un petit quart de siècle et une olympiade plus tard, on revoit Pékin Central avec un peu de nostalgie et beaucoup d'étonnement admiratif. Les personnages sont fermement ancrés dans les années 1980, au moment où la machine à désillusion s'emballe. Valérie (Christine Citti) est une jeune intellectuelle qui a eu la mauvaise idée de devenir la maîtresse d'un journaliste à succès, Yves (Yves Rénier). Celui-ci, pour se faire pardonner atermoiements et lâchetés, lui propose un dîner au Maxim's de Pékin, qui vient d'ouvrir. La jeune femme découvre, au moment d'embarquer, que ce dîner se fera au prix de son intégration dans un voyage organisé, que le brillant journaliste va couvrir pour son hebdomadaire. Camille de Casabianca met en scène avec pas mal de cruauté cet amour clandestin exposé aux yeux de tous.
Et puis, il y a le contrechamp du film. En acceptant de devenir le directeur de la photo de cette cinéaste débutante, Raymond Depardon, qui n'avait alors réalisé que des films documentaires (Une partie de campagne, Reporters, San Clemente), se frotte pour la première fois à la fiction. A la satire amoureuse et sociale que pratique Camille de Casabianca, il ajoute son regard fasciné sur la Chine qui est en train de changer.
LA PUISSANCE DU MOUVEMENT
Souvent la caméra s'échappe vers des visages, des scènes de rue ou d'intérieur (une séquence magnifique se passe dans un monastère), et le film prend une dimension presque vertigineuse entre l'infiniment petit (et pourtant attachant) de l'intrigue et la puissance du mouvement qui l'entoure. On comprend mieux la genèse de ce drôle d'objet grâce au documentaire qui l'accompagne dans cette jolie édition. La réalisatrice ne cache rien des frictions qui l'ont opposée à Depardon (qui n'intervient pas dans ce petit film), différends qu'illustrent quelques images tournées sur le plateau et les commentaires des membres de l'équipe (Yves Rénier se souvient avoir pensé que le chef opérateur ne s'intéressait pas aux comédiens).
Dans un autre complément, le cinéaste Wang Bing (réalisateur du documentaire A l'ouest des rails) explique le prix de ce film qui montre une réalité chinoise fugace ("c'est le moment où les vêtements de couleur apparaissent", explique-t-il) qu'aucun de ses confrères chinois n'a pu capturer à l'époque.
Enfin, le DVD partage son boîtier avec un bref roman, de Camille de Casabianca, qui livre une autre version, sous forme de journal, de l'histoire de Valérie et Yves.
Source:
http://www.lemonde.fr/cinema/article/2008/09/04/pekin-central-premiere-fiction-tournee-en-chine-par-des-occidentaux_1091466_3476.html?xtor=RSS-3476