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  • Dès dimanche, Rue89 vous parlait du livre. Depuis, les révélations sur les matches truqués lors du Mondial 2006 ont fusé. Depuis, il est paru mondialement, et les premières conférences de presse de son auteur ont provoqué le big bang prévu. Ce mercredi matin avait lieu la conférence de presse parisienne de l’auteur de « Comment truquer un match de foot », le Canadien Declan Hill.

    Flanqué de Jens Sejer Andersen, directeur de Play the Game (forum international sur l’anticorruption dans le sport), Hill a plaidé pour une sorte de fédération mondiale de l’anti-corruption. Il s’est félicité que la France ait dans son appareil judiciaire « des gens comme Eric de Montgolfier », le procureur qui a initié l’enquête sur le match de foot truqué entre Marseille et Valenciennes en 1993.

    Il a appelé de ses voeux un renforcement draconien et immédiat des structures contrôlant le sport. Et l’argent du sport. Son comparse Andersen lui emboîtant le pas : il voit en cette année 2008 l’occasion pour la France de redorer son blason. Non pas en fêtant les vainqueurs de la Coupe du monde 1998, mais en provoquant dans le football ce que l’affaire Festina avait provoqué dans le cyclisme la même année.

    Les bombes

    Mais c’était évidemment sur les quatre matches truqués du Mondial 2006 que Hill était attendu :

    Brésil-Ghana (huitième de finale, 3-0)
    Angleterre-Equateur (huitième de finale, 1-0)
    Italie-Ghana (premier tour, 2-0)
    Italie-Ukraine (quart de finale, 3-0)
    Dans le livre, le détonateur, c’est « Lee Chin », truqueur chinois. La date : 25 mai 2006. Le lieu : un KFC du Nord de Bangkok. Où, devant Hill, quatre hommes parlent de truquer quelques matches de la Coupe du monde 2006. Des matches qui seront décisifs pour trois géants du foot mondial : les Brésiliens, les Anglais et les Italiens.

    Une victime est toute désignée : le Ghana. Une nation qui, comme le Nigéria, compte parmi les meilleurs joueurs de la planète depuis dix ans (Abedi Pelé, etc). Mais qui, pays pauvre, a toujours été victime des parieurs.

    Pour le Mondial 2006, donc, lorsque Chin lui dit avant le huitième de finale Brésil-Ghana que « ce n’est pas le Brésil qui va gagner, c’est le Ghana qui perdra », Hill n’y croit pas. Après le match, il y croira. Car il a vu non seulement le Ghana perdre, mais surtout : il a vu une équipe qui jouait pour perdre. Rebelote lors des trois autres matches. Mieux : avant le match, le truqueur connaissait le score exact.

    A ce moment du livre, Hill ne peut, évidemment, avoir que des preuves « purement circonstancielles ». Il doit se baser sur les faits, et sur les dires de son truqueur. Il décide alors d’aller sur place, au Ghana. Où il retrouve, comme par hasard, un des quatre hommes du KFC de Bangkok.

    Parmi les multiples acteurs que le Canadien rencontre, figure le capitaine de la sélection ghanéenne, Stephen Appiah. Qui assure avoir été approché à plusieurs reprises pour influer sur le cours d’un match, et ce depuis des années (JO d’Athènes, Coupe du monde, Coupe du monde junior en Malaisie de 1997, matchs amicaux). Certains joueurs auraient été approchés par des intermédiaires pour lever le pied et influer sur les résultats de ces rencontres.

    Premières réactions

    Suite à son enquête, l’Association de football du Ghana a porté plainte contre Hill. « J’en suis terriblement attristé », dit-il, « c’est d’autant plus inexplicable, comme stratégie de protection, que certaines de mes sources sont à l’intérieur de l’AFG ».

    De son côté, la Fédération équatorienne de football (FEF) a annoncé ce matin qu’elle allait demander à la Fédération internationale de Football (Fifa) d’enquêter sur « les possibles manipulations qui auraient entaché des matches du Mondial 2006, notamment le 8e de finale perdu par l’Equateur face à l’Angleterre (1-0) ».

    Hill n’était pas au courant. Son commentaire : un énorme « Excellent ! » (il parle français). Mais quand on lui demande s’il pense que la Fifa, qui fait régulièrement barrage à des enquêtes trop piquantes, jouera le jeu, l’excitation retombe : « C’est une question pour la Fifa, pas pour moi. »

    On sent bien qu’il a un rêve intermédiaire : que les autres fédérations concernées par les quatre matches truqués entament les mêmes démarches que l’Equateur.

    Le marché asiatique

    L’autre bombe que contient le livre, c’est l’arrivée des truqueurs asiatiques sur le marché mondial du pari. Essentiellement thaïlandais et chinois, ici. « Chin » avoue clairement payer 30 000 dollars par joueur. Avec un taux de huit joueurs achetés par match. Chiffres confirmés par les témoignages de Stephen Appiah.

    Hill, que nous questionnons sur la différence entre ces « réseaux émergents » et les plus anciens (anglais, russes) parcours alors la salle de presse pour illustrer les proportions de sa colère :

    « Si le marché asiatique du pari occupe les trois quarts de mon livre, soit 300 pages, c’est que ce marché est énorme. C’est, en proportion de taille, comparable au business de la Prohibition [le marché noir de vente d’alcool dans les années 20 aux Etats-Unis, ndlr]. Il n’y a pas encore de JO des corrupteurs mondiaux. »

    Un sens du gag, de l’actu et de la réserve que l’on sent dans le livre : Hill ne semble pas dire tout ce qu’il sait, à la fois par peur de représailles et par angoisse de voir trop tôt plombées… ses autres recherches. Car c’est une autre info cruciale : Hill poursuit ses investigations.


    Une enquête doublée d’une thèse

    Declan Hill, journaliste d’investigation et présentateur télé, rêve de foot depuis son enfance en Angleterre. C’est après avoir remarqué, lors de la finale de la Coupe du monde 1994, la présence du très controversé mafieux russe Anzor Kikalishvili dans le carré VIP du Rose Bowl de Pasadena, qu’il a eu l’idée d’aller fouiller de plus près les relations entre mondes du crime organisé et du football.

    Journaliste indépendant, Hill a préféré se faire épauler par une « institution » pour ses voyages et son étude. Il s’est donc inscrit comme « doctorant statutaire » à Oxford, et son enquête est -aussi- devenue un sujet de doctorat. So british.

    Dans un premier temps, Hill détaille par le menu comment reconnaître un match truqué en direct : le gardien qui fait l’inverse de ce qu’il faut faire, le buteur absent, le but contre son camp, le carton rouge volontaire, etc.

    Ensuite, le livre est fait de détours dans l’histoire et au cœur de l’Europe, quelques noms étant avancés (Moggi, bien sûr, le truqueur italien de la Juventus de Turin), des arbitres achetés.

    Il y a surtout le manuel du truqueur : prostituées bien sûr (c’est connu), location d’une chambre au même étage que les joueurs-cibles pour établir l’échange, coursiers divers, pourboires à tous les échelons de l’affaire, et bien d’autres encore. Dans ces rouages, les Asiatiques sont les plus forts, et la fédération chinoise la plus corrompue.

    Donc, le livre, qui avait débuté en Asie, y revient pour sa dernière partie : Kuala Lumpur, Singapour, Chine entière. C’est là qu’il découvre les réseaux. Rencontres. Liens. Jusqu’ici, tous les acteurs du milieu rencontrés avaient été nommés. A partir de ce moment du livre, les noms sont modifiés.

    C’est alors qu’arrivent les scoops.

    On notera une erreur, dans les sources de Hill. Un des « acteurs » cités est Ian Rush, grand joueur de Liverpool dans les années 80-90. Si Hill le décrit physiquement fort bien, il confond son poste : le gallois n’était pas gardien de but, comme l’écrit Hill, mais attaquant…
     
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