
En un week-end, Pékin est donc devenue "le nouveau centre diplomatique du monde", estime simplement le Global Times, journal du Parti communiste. Par le nombre de dirigeants étrangers réunis, d'abord : plus de 80 chefs d'Etat et de gouvernement ont fait le voyage, une concentration sans précédent dans l'histoire de l'olympisme. C'est deux fois plus qu'à Athènes en 2004. Aucun président américain n'avait jamais assisté à l'ouverture de JO hors des Etats-Unis, aucun président français hors d'Europe, mais pour Pékin, George Bush et Nicolas Sarkozy se sont déplacés. M. Bush, qui en est à sa quatrième visite en Chine, est même resté quatre jours.
Par la qualité, ensuite : toutes les grandes puissances étaient là. Le président américain, le premier ministre japonais Yasuo Fukuda, le premier ministre russe Vladimir Poutine, et l'Union européenne, représentée par son président en exercice, M. Sarkozy. Les puissances émergentes n'ont pas été en reste : le Brésilien Lula, le Sud-Africain Thabo Mbéki, l'Indienne Sonia Gandhi... Le président Hu Jintao les a tous reçus, et bien reçus. Comme le président israélien Shimon Peres, l'Algérien Abdelaziz Bouteflika, l'Afghan Hamid Karzai... Pékin, a résumé le China Daily, "accueillait le monde".
Cette densité diplomatique a permis à tous ces dirigeants de mettre sur leur agenda, outre les rencontres avec Hu Jintao, de nombreux apartés bilatéraux. Le numéro un chinois en a profité, de son côté, pour tenir un minisommet sino-africain, en réunissant autour de lui huit chefs d'Etat et le président de l'Union africaine. C'est bien simple : "La Chine, observe un diplomate européen, occupe le terrain sur tous les grands sujets."
Bien sûr, les Occidentaux ont parlé droits de l'homme. M. Bush n'a pas passé un jour sans mentionner les exigences de la liberté, et le premier ministre australien, Kevin Rudd, a présenté à Hu Jintao ses doléances sur le Tibet, l'accès à Internet et les libertés religieuses. Mais il a aussi salué "les très grands changements" intervenus en Chine depuis l'époque où il y était diplomate, dans les années 1980.
Et puis il y a eu le spectacle. Au-delà des prouesses techniques et de la grandiose mise en scène, la cérémonie d'ouverture et ses références à une Histoire millénaire contenaient un message : voyez ce que la Chine a donné au monde ! A commencer par les "quatre grandes inventions", le papier, la boussole, l'imprimerie, la poudre d'explosif, symbolisée par ces majestueux feux d'artifice. De manière révélatrice, s'il a été beaucoup question du sage Confucius, officiellement remis au goût du jour ces temps-ci, et de quelques dynasties impériales, Mao a été tenu à l'écart des festivités. Pas une allusion à la création de la République populaire en 1949 ni au communisme. On est passé directement de la grande tradition à la modernité absolue, symbolisée par les hautes technologies et les astronautes. "Ce show, dit China Daily, traduit la volonté de la Chine d'être une puissance d'un genre différent." Si les caméras de la CCTV ne s'étaient braquées à intervalles réguliers sur l'immuable rangée des membres du Comité permanent du Bureau politique du PCC, en costume sombre et cravate sur fond rouge, on aurait pu se croire ailleurs, dans le temps.
Source:
http://www.lemonde.fr/jeux-olympiques-toute-l-actualite/article/2008/08/11/les-jo-transportent-la-chine-dans-le-nirvana-diplomatique_1082237_1074179.html