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    Ambassade de France en Chine, service de Presse, 21 mars 2008 :

    Emeutes sur le toit du monde
    Le traitement par les médias chinois des événements survenus depuis le 10 mars sur les marches méridionales de la République Populaire est par certains aspects très innovant.

    Certes, son bruit médiatique a d'abord été sans commune mesure avec celui suscité en Occident. Certes aussi, le message des autorités n'est pas sans sembler comporter des contradictions et brusques revirements. Toutefois, il y a aujourd'hui en Chine quelque chose de plus ouvert dans la communication de crise.
    Samedi 15 et dimanche 16 mars, le journal télévisé de CCTV, après d'interminables développements sur les deux assemblées et sur la célébration de la nouvelle amitié sino-japonaise jetait presque sans transition des images de personnes défonçant des devantures à la hache et des bâtiments en feu.

    Beaucoup de spectateurs qui n'avaient la télévision qu'en toile de fond se sont mis à monter le son. Etaient-ce encore les banlieues françaises ? Non, on pouvait distinguer des moines en tenues safran-carmin qui s'attaquaient à un panneau de bus. Un nouveau soubresaut démocratique en Birmanie ? Non, c'était bien la Chine, des hommes étaient en train d'arracher le rideau d'acier d'une succursale de la Banque de Chine.

    La commentatrice le confirmait. D'une voix sobre, elle annonçait que ces troubles avaient La-Sa comme théâtre, et la "clique du Da-la La-ma" comme organisateur.

    Quand on en a su plus sur les événements, on a pu tenter de décrypter la stratégie de communication du régime.

    En choisissant de montrer autant, il semble que celui-ci ait résolument pris le risque que les émeutes s'étendent par mimétisme. L'enjeux pourrait être le désamorcement des tensions diplomatiques et une sorte de "normalisation" de la Chine.

    En effet, les images choisies avaient un caractère fascinant et potentiellement jubilatoire pour les frustrés de la croissance chinoise : banque de Chine défoncée, voitures renversées… rien n'indiquait très clairement un mécontentement sectoriel ou ethnique. Elles étaient par ailleurs moins terrifiantes que celles qu'on pouvait voir dans le reste du monde sur les télévisions ou sur internet. Elles ne montraient ainsi aucune attaque sur les personnes ou lynchage de passants par les émeutiers.

    Le commentaire n'évoquait pas non plus les violences anti-han, notamment mentionnés dans les témoignages de touristes étrangers (cf. par exemple l'article du Toronto Star). On sentait qu'il y avait un soucis très fort de ne pas dresser les communautés les unes contre les autres. Le gouvernement chinois entendait montrer que la région et les thibétains étaient les seules vraies victimes de ces événements, et non les immigrés han ou l'autorité de Pékin. C'était une position à double tranchant, qui pouvait amener involontairement les spectateurs à se poser plus de questions, voire à s'identifier aux émeutiers.

    Il y avait ainsi quelque audace sur le plan intérieur à publier ces images. Un tel niveau de transparence était en tout cas inédit.

    La transparence médiatique s'est dramatiquement accentuée le jeudi 20 mars, quand beaucoup plus d'images ont été montrées à la télévision.

    Dans un reportage d'une quinzaine de minutes (cliquer sur l'illustration infra pour le visionner), CCTV n'hésite plus à diffuser des extraits vidéos durs, montrant des lynchages, des heurts avec les forces de l'ordre, des blessés, des morts. On y voit un crescendo de violence, on peut y distinguer de nombreux passants qui filment ou qui prennent des photographies au début des troubles, on y entend des interviews de citoyens de toutes minorités, critiquant bien sûr les émeutiers. Ceux-ci sont simplement qualifiés de "hors-la-loi" (bu fa fenzi). Ce n'est qu'au milieu du reportage que le commentaire, puis le gouverneur de la province, accusent la "clique du Da-la La-ma" d'être derrière le chaos.

    Toutefois, malgré les interviews de nombreuses victimes ou parents de victimes, on ne trouve toujours aucune mention d'éventuelles violences à caractère ethnique. Les témoins audités ne se bornent qu'à indiquer leur incompréhension, affirmant que les personnes lynchées par les émeutiers étaient toutes "innocentes". On peut toutefois remarquer, vers la fin, qu'un homme tuméfié allongé sur un lit d'hôpital est présenté comme un médecin thibétain, pris à parti par les "hors-la-loi" alors qu'il tentait de protéger une fillette de 6 ans subissant une lapidation.

    Le ton est légèrement différent dans une autre vidéo diffusée le même jour sur les télévisions chinoises, rapportant les émeutes survenues dans le Gansu et le Sichuan (illustration cliquable infra). Certains des "hors-la-loi" chargent à cheval, des moines brandissent le poing, le drapeau chinois est déchiré, l'étendard de l'ancienne théocratie des neiges est levé : même le commentaire affirme que le mouvement a pour but l'indépendance.

    Quelque soit l'interprétation que l'on a des évènements, il faut donc constater que l'opinion publique chinoise a depuis le 20 mars librement accès à la plupart de l'information visuelle que l'on peut voir par ailleurs dans le reste du monde.

    Les premiers jours, les quotidiens des grandes métropoles ne les ont pratiquement pas évoquées, suivant probablement une ligne officielle. Pourtant, les titres des provinces plus proches de l'Himalaya osaient mettre l'information en "une" dès le dimanche 16 mars, comme le "Temps de Guiyang" (Guiyang shibao), reprenant une dépêche de l'agence Chine Nouvelle : "La clique du Da-la La-ma - avait planifié les émeutes à La-Sa".

    La publication d'un article intitulé "Les actions de la clique du Da-la La-ma en vue de détruire la stabilité sociale au Thibet sont vouées à l'échec" en 4e page du Quotidien du Peuple le lundi 17 mars a ensuite permis aux autres journaux de reprendre l'information, et certains, comme le Quotidien de la Jeunesse de Chine, organe communiste mais progressiste proche du président Hu Jintao, l'on mit en "une" dès le lendemain (ce titre garde le thème en "une" le 20 et le 21 mars encore).

    Bien entendu, on ne trouve ni éditorial ni commentaire, et tous les articles sur ce sujet sensible proviennent directement de l'agence officielle. Cependant, signe de l'intérêt de l'opinion, un quotidien du soir populaire comme le Beijing Wanbao met le 20 mars en "une" une très courte brève sur la reddition de 105 "casseurs" à La-Sa, relayé le lendemain matin par le très lu Xin Jing Bao (Beijing News).

    Rebonds de l'information sur internet

    Sur internet, l'information a connu un trajet légèrement différent. D'abord presque inexistante, elle sature aujourd'hui l'actualité plus que dans tout autre media.

    Samedi et dimanche 15 et 16 mars, alors que la télévision et quelques titres papier avaient déjà dévoilé l'affaire, les grands sites chinois la laissait encore sous silence. Le portail américain de vidéo Youtube était soudain inaccessible depuis la Chine (sauf à utiliser un proxy spécial, bien entendu), et ce n'était probablement pas pour le mettre à égalité avec le portail français Dailymotion, bloqué depuis très longtemps.

    Ce n'est qu'à partir de 10 heures du matin environ que les premiers titres sur les troubles, reprises des dépêches de l'agence Chine Nouvelle, ont commencé à gagner les "unes" de Sina et Sohu.

    Ces articles semblaient étrangement avoir déjà plus de 3000 commentaires d'internautes dès leur apparition, tous très radicaux. Beaucoup de ces commentaires étaient répétés de pages en pages, et appelaient presque tous à l'écrasement sans pitié de la rébellion.

    Il devint rapidement évident qu'il n'était pas possible de poster d'autres contributions, et que tous les forums étaient drastiquement modérés.

    Pourtant, le lendemain, à partir de la mi-journée, alors que le premier ministre Wen Jiabao avait accepté de répondre à des questions de journalistes étrangers à ce sujet lors de la conférence de presse de clôture des deux assemblées, un vent libéral a soufflé sur l'internet chinois, et on a pu y lire des commentaires pour le moins audacieux.
     
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    Tableau des médailles

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