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Il inclut tous les territoires de moyenne et haute montagne récemment incorporés aux provinces chinoises avoisinantes, le Qinghai, le Gansu, le Sichuan et le Yunnan, au sein de onze «préfectures autonomes tibétaines» et deux «districts autonomes tibétains».

Ce découpage administratif tardif (post-1950), parce qu’il subordonne des zones tibétaines depuis des siècles à des provinces chinoises nouvellement créées, déforme la réalité du territoire historique, linguistique, culturel, religieux et géographique tibétain. Au total, ce que les Tibétains appellent «Tibet» (1) représente entre 20 % et 25 % de la superficie de la Chine (soit plus de deux fois la taille de la RAT, qui à elle seule est plus grande que deux fois la France) et forme un bloc homogène qui correspond à l’expansion maximale de l’empire tibétain (VII-IXe siècles).

Les Tibétains le décrivent d’ailleurs comme l’ensemble des trois grandes provinces tibétaines traditionnelles : l’Utsang, l’Amdo et le Kham, qui n’ont plus d’existence officielle. L’Utsang correspondait à une grande partie de l’actuelle RAT, l’Amdo est maintenant découpé entre Qinghai, Gansu et le nord-ouest du Sichuan, tandis que le Kham a disparu au sein du reste du Sichuan et du Yunnan.

De la même manière, écrire (Libération du 24 mars) que le peuple tibétain compte 2 millions d’individus est une erreur : certes, les Tibétains enregistrés en RAT sont 2,4 millions, mais au total la Chine comptait 5,4 millions de Tibétains d’après le recensement de 2000 (1,2 million au Sichuan, 1,1 million au Qinghai, 0,4 million au Gansu et 0,12 million au Yunnan). C’est pourquoi il est erroné de dire que le soulèvement tibétain actuel «se répand aux provinces limitrophes du Tibet».

Ce mouvement redonne en réalité sa visibilité à l’espace ethniquement et culturellement homogène du «Grand Tibet» dont les gouvernements chinois successifs, depuis le premier quart du XXe siècle, ne souhaitent pas entendre parler, mais dont la pertinence se manifeste clairement depuis deux semaines.

En d’autres termes, parler de soulèvements de minorités tibétaines au Qinghai, au Gansu ou au Sichuan et au Yunnan revient à faire le jeu de la Chine : cette formulation minimise, en les fractionnant, l’ampleur et l’homogénéité du soulèvement de masse qui se déroule sous nos yeux. Car les Tibétains qui manifestent pacifiquement dans l’actuel Qinghai, dans l’actuel Gansu, dans l’actuel Sichuan, et au Yunnan, sont tout aussi Tibétains que leurs homologues de Lhassa, à plus de 1 500 km au sud-ouest.

Ces Tibétains ne sont pas «minoritaires», mais au contraire encore majoritaires. Peut-être plus pour longtemps sur leurs terres ancestrales. La preuve ? Les slogans que scandent les dizaines de milliers de manifestants, laïques comme religieux, éparpillés sur cet espace grand comme l’Europe de l’Ouest mais de faible densité : ils sont partout les mêmes et exprimés dans une seule langue, le tibétain.

 
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