
Il est loin le temps où, en Chine, le sexe était considéré comme un acte bourgeois et où l'austérité imposée par Mao était la norme. À Pékin, chaque week-end, des étudiants se faufilent entre gargotes et boutiques de rue pour rejoindre un hôtel et passer quelques heures intimes dans des chambres modestes mais propres, à dix minutes à pied de l'Université normale de Pékin.
Alors que les zones rurales restent traditionnelles, les bancs publics des villes sont occupés par des amoureux qui se tiennent ouvertement par le cou. Des jeunes fréquentent des clubs pour flirter, fumer des cigarettes et boire du thé vert mélangé à du whisky. Des vibromasseurs sont même vendus dans des distributeurs ou des boutiques de «produits de bien être pour adultes».
Mais la révolution s'installe dans la clandestinité, derrière des portes closes. Le mot «sexe» ou «xing» (prononcer shing) ne se murmure qu'entre amis et généralement dans un souffle. L'éducation sexuelle ne s'est pas hissée au même niveau que l'activité sexuelle, avec les conséquences que l'on peut imaginer: l'an dernier, pendant une semaine de vacances scolaires, les lycéennes représentaient jusqu'à 80% des patientes des cliniques d'avortement de Shanghaï, selon les médias d'État.
L'âge du mariage s'est élevé, atteignant 31 ans pour les hommes à Shanghaï l'an dernier. Les comportements ont aussi changé, notamment chez les filles, qui sont plus désinvoltes et n'hésitent plus, selon certains, à «allumer» les hommes. Junjie Cai, professeur de golf de 23 ans, ne voit aucune raison de perdre du temps avant une relation sexuelle: «Si deux personnes veulent être ensemble, le temps n'est pas un problème», confie-t-il, évitant toutefois d'employer le terme «sexe» devant des étrangers.
Les familles et les enseignants chinois restent gênés quand on aborde le sujet du sexe. La sexualité chez des adolescents n'est encore évoquée qu'entre des discussions gênantes et le silence.
La psychologue Jun Deng reçoit 15 à 20 appels quotidiens, le plus souvent à propos de sexualité, sur une «hot line» réservée aux adolescents, les plus jeunes n'ayant que 10 ans. «Face à une société qui s'ouvre, notre attitude concernant le sexe évolue», explique cette femme de 52 ans. Selon elle, si les adultes désapprouvent le sexe avant le mariage, c'est parce qu'il entraîne des problèmes de société.
Un lycée technique de la province de Xinjiang, à 2400km à l'ouest de Pékin, a tenté de réglementer la sexualité, obligeant les étudiantes à pratiquer un test de grossesse dans le cadre de leur visite médicale annuelle. Une mesure rapidement abandonnée face au tollé général déclenché par cette entrave à la vie privée. Le fait est que l'avortement, dont le prix s'élève à 1000 yuans (95 euros), est facilement accessible en Chine et préféré à la maternité honteuse d'une adolescente.
L'augmentation spectaculaire du nombre d'avortements chez les jeunes filles chinoises inquiète les éducateurs, qui accusent la faillite de l'éducation sexuelle. Les étudiants connaissent bien les dangers de la transmission sexuelle de certaines maladies, notamment du sida, mais les discussions sur le sexe restent vagues et l'utilisation du préservatif est rarement citée.
«Ils ne parlent pas franchement de relations sexuelles», confirme le sexologue Li Yinhe. «Si on ne parle pas du sexe, l'éducation sexuelle est incomplète.»
La blogueuse «Bamboo Shadows» incarne les contradictions de cette Chine en mutation, un pied dans la tradition, l'autre balançant vers une forme moderne d'amour libre. Cette Pékinoise n'hésite pas à parler en toute liberté sur son blogue de ses seins et de ses orgasmes. Elle avoue également se battre pour contrôler son excitation sexuelle pendant les cours de yoga.
Source:
http://www.cyberpresse.ca/article/20080304/CPACTUEL/80304128/1015/CPACTUEL