
Bref, le régime qui voulait ériger son système en modèle pour le reste du monde montre des failles, comme l’illustre le dossier de «une» de Courrier International cette semaine.
«Vous ne le savez sans doute pas, mais le régime chinois est un modèle dans le monde – du moins, comme l’explique Ian Buruma [sinologue dont Courrier International reproduit cette semaine un article], auprès d’un certain nombre de potentats et de faux démocrates… Quoi de mieux, en effet, qu’un pays qui connaît depuis plus de dix ans une croissance à deux chiffres et où la démocratie est réduite à des élections villageoises truquées?», écrit Philippe Thureau-Dangin dans l’éditorial du numéro de cette semaine de Courrier International.
La Chine a beau profité d’une forte croissance économique et vouloir profiter des Jeux Olympiques l’été prochain pour affirmer son nouveau rôle à l’échelle mondiale, les droits de l’Homme y sont toujours foulé aux pieds. Le blogueur et militant, arrêté en décembre Hu Jia a ainsi rejoint ainsi les dizaines de personnes incarcérées ces dernières années, qu’elles défendent les droits fondamentaux en tant qu’avocats ou militants (on compte au moins 41 personnes arrêtées pour ces raison depuis 2000, selon Chinese Human Rights Defenders) ou qu’elles se contentent de rendre publics ces combats en tant que journalistes (32, selon Reporters sans frontières) ou blogueurs (51). Par ailleurs, les manifestations, notamment de protestation contre des expulsions forcées, contre des défauts de paiement de salaire, ou encore des atteintes à l’environnement – semblent se multiplier (87 000 rapportées en 2005).
«Nous savons tous que, dans sa demande d’organisation des Jeux olympiques, le gouvernement chinois avait promis d’améliorer la situation en matière de droits de l’homme, mais il n’a pas du tout tenu cet engagement» affirme Hu Ping le rédacteur en chef d’un mensuel dissident Beijing zhi Chun, aujourd’hui réfugié aux États-Unis, dans un article publié sur la plateforme de discussion asiademo.org.
«La situation des droits de l’homme en Chine, loin de s’améliorer, ajoute Hu Ping a au contraire empiré. Pour que les Jeux olympiques de 2008 se déroulent sans anicroche selon ses propres critères, le gouvernement chinois veut donner de la Chine l’image d’un pays idyllique en plein âge d’or, qui ne connaît ni mouvements de protestation ni même de voix dissidentes; il ne veut pas que les étrangers se rendent compte des problèmes, notamment en matière de droits de l’homme.»
Ian Buruma estime, dans un article du South China Morning Post, que «Si quelque chose est remis en cause par la prospérité de la Chine, c’est l’idée que le capitalisme – et le développement d’une bourgeoisie aisée – conduirait obligatoirement à une démocratie libérale. Car c’est au contraire la classe moyenne, appâtée par les promesses de gains matériels toujours plus grands, qui souhaite le maintien du régime politique actuel.»
Mais ce pacte enrichissement contre liberté est menacé à terme, poursuit le journaliste, car «Aucune économie ne peut croître indéfiniment au même rythme. Des crises finissent toujours par éclater. Qu’adviendra-t-il si le marché passé entre la classe moyenne et le Parti se rompt à la suite d’une pause, ou d’un revers, dans la quête de richesse matérielle? Cela s’est déjà produit. Le modèle le plus proche, en un sens, est l’Allemagne du XIXe siècle, avec sa puissance industrielle, sa classe moyenne cultivée mais politiquement neutre, et sa tendance à un nationalisme agressif. Ce nationalisme lui a été fatal quand l’économie s’est effondrée et que l’agitation sociale a menacé de troubler l’ordre public. Le même phénomène pourrait survenir en Chine.»
Source:
http://www2.canoe.com/infos/international/archives/2008/02/20080214-121331.html