
Depuis fin décembre, la mécontentement grandit chez certains cols blancs de Shanghai. Ils réclament l'annulation du projet d'extension du Maglev, train à sustentation magnétique dont la seule exploitation commerciale est à Shanghai. Inquiets pour leur santé, ils sont aussi ulcérés par cette atteinte à leur propriété privée.
Xu Hua a acheté deux appartements, un pour son couple et un pour ses parents, dans la résidence du "Jardin verdoyant de Pingyan". Pour elle, le Maglev ne représente qu'un joujou technologique au service d'un projet dépensier.
"Nous ne voulons pas de ce train. Il y a déjà un métro qui relie les deux aéroports de Shanghai et un train rapide pour aller à Hangzhou, ce projet n'a donc aucune utilité et gaspille de l'argent que les autorités pourraient dépenser dans des écoles ou des hôpitaux", estime la jeune employée de 34 ans, faisant référence au tracé du futur train.
Ici, le mètre carré est valorisé à 10.000 yuans (1.380 dollars, 946 euros) et le passage d'un train magnétique dans un des rares espaces verts pourrait faire chuter les prix de l'immobilier dans cette zone résidentielle du district de Minhang.
"J'ai dépensé l'argent de toute la famille pour acheter un appartement ici, j'y ai mis toutes mes économies, toute ma vie. Si le Maglev passe ici, cela ne vaudra plus rien et j'aurai tout perdu", tempête Zhu Xiulan, retraitée énergique de la résidence.
Privée de placements bancaires réellement attractifs, la classe moyenne chinoise a beaucoup misé sur l'immobilier et maintenant sur la bourse pour faire fructifier ses deniers.
Les visions de grandeur de la municipalité de Shanghai, embarquée dans la course à l'Exposition universelle de 2010, ont fini par jeter plus de 2.000 personnes dans la rue. Mi-janvier, les habitants de Minhang sont allés porter leurs griefs devant la mairie, sur la place du Peuple, en plein centre ville.
Ils sont encore entre 100 et 200 à se réunir chaque soir, dans les salles communes de leur résidence, pour poursuivre leur protestation discrète mais déterminée.
Il y a à peine deux mois, d'autres Shanghaiens avaient essayé d'enrayer un projet de ligne à haute-tension en plein milieu du parc de leur résidence. En vain.
"Les habitants ont voulu faire entendre leur opinion, mais ca n'a pas marché, le gouvernement reste le plus fort", explique M. Wang, sur le chemin de son appartement, un immense pylône juste derrière lui.
Les policiers ont surveillé le déroulement des travaux, qui ont commencé sans que personne ne soit prévenu. Le passage en force de la Compagnie d'électricité a poussé plusieurs centaines de résidents à manifester, fin novembre.
Dispersés par les forces de l'ordre, certains d'être eux ont été interpellés, selon le témoignage des résidents de "Chuncheng" (littéralement "Ville printanière").
Avec l'exposition médiatique dont bénéficie le Maglev, les autorités de Shanghai veulent sans doute éviter d'enflammer la situation. Des bureaux de consultation ont été mis en place début janvier pour recueillir les plaintes.
"Utilisez les canaux normaux pour exprimer vos opinions", rappelle une banderole rouge installée, par la police, dans la résidence.
Mme Zhu ne se laisse pourtant pas impressionner. "Nous nous mobiliserons jusqu'à obtenir les réponses à nos questions. Nous n'avons pas peur".
Source:
http://www.aujourdhuilachine.com/actualites-chine-les-cols-blancs-chinois-se-rebiffent-aussi-5466.asp?1=1