
Cet engagement à poursuivre l'assouplissement de la politique de changes de la République populaire ne constitue pas un élément nouveau mais il ne peut qu'être apprécié par le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, qui se rend cette semaine à Pékin pour une nouvelle session du "dialogue économique stratégique" entre la Chine et les Etats-Unis.
Depuis que Pékin a réévalué sa monnaie de 2,1% en juillet 2005 et renoncé au lien fixe avec le dollar américain au profit d'une bande de fluctuation, le yuan s'est apprécié de 9,9% supplémentaires face au billet vert.
"Depuis le début, nous avons dit que nous continuerions à approfondir la réforme des taux de change et à augmenter la flexibilité du taux de change du yuan. Cela reste vrai pour 2008", a dit Zhou lors d'un forum organisé par le magazine Caijing.
Mais s'il a progressé face au dollar, le yuan s'est déprécié d'environ 7,5% face à l'euro depuis la mi-2005, ce qui suscite l'irritation des partenaires commerciaux européens de Pékin.
Quant au taux de change pondéré des volumes d'échanges commerciaux, qui mesure la valeur du yuan face à un panier de devises des principaux partenaires de la Chine, il n'a que légèrement progressé depuis 2005.
Zhou a réfuté la thèse selon laquelle Pékin n'aurait pas fait assez pour laisser le yuan s'apprécier mais il a reconnu que la Chine devait s'intéresser au taux de change pondéré des échanges ajusté de l'inflation et pas seulement au rapport yuan/dollar.
Il se rapproche ainsi de la recommandation clé du G7 sur ce dossier, le groupe des sept pays les plus industrialisés estimant que la sous-évaluation de la parité du yuan pondéré des échanges contribue à gonfler l'excédent commercial chinois.
"Si l'on regarde simplement de combien le yuan s'est apprécié contre le seul dollar pour estimer la valeur de la devise, on va commettre des erreurs, des erreurs d'analyse et de calcul", a admis Zhou.
REFORMES STRUCTURELLES
Le gouverneur de la Banque populaire de Chine a toutefois estimé que le moyen le plus efficace de réduire l'excédent commercial chinois se trouvait dans les politiques visant à faire baisser le taux d'épargne et à doper la demande intérieure, et non dans l'ajustement du taux de change.
L'excédent de la balance commerciale chinoise n'a que légèrement diminué en novembre à 26,28 milliards de dollars (17,8 milliards d'euros) après son record historique de 27,1 milliards inscrit le mois précédent. Sur les douze derniers mois, l'excédent commercial cumulé atteint 260,3 milliards de dollars.
La République populaire affiche parallèlement un énorme excédent de sa balance des capitaux, qui menace d'alimenter une frénésie d'investissement nourrie par le crédit.
Zhou a reconnu que ces deux excédents dépassaient les anticipations des dirigeants chinois. "Nous sommes assez francs sur ce point", a-t-il dit.
La propension des entreprises multinationales à délocaliser vers la Chine certains de leurs sites de production et à sous-traiter une partie de leur production à des sociétés chinoises se traduit par le fait que le seul ajustement du taux de change ne suffit pas à réduire l'excédent commercial, a expliqué Zhou.
Mais il a reconnu que Pékin devait rendre son économie moins dépendante des exportations et des investissements.
Il a donc plaidé en faveur d'un rôle accru du secteur des services, d'une augmentation des dépenses de protection sociale et du développement des zones rurales afin de promouvoir une "société harmonieuse", le slogan affiché par le Parti communiste pour réduire le fossé entre ruraux et urbains.
A propos de la politique monétaire, Zhou a expliqué que la décision annoncée la semaine dernière par la banque centrale de mener une politique "stricte" et plus seulement "prudente" ne préfigurait pas des changements brutaux d'orientation.
"Une telle évolution passe par un processus graduel", a-t-il dit.
Pékin s'efforce de maîtriser l'inflation et de prévenir une surchauffe de l'économie chinoise. Une politique dont les effets restent limités puisque l'inflation a atteint en novembre son plus haut niveau depuis 11 ans, à 6,9% en rythme annuel.
Source:
http://www.lepoint.fr/content/economie/article?id=214052