Même la Chine fait la leçon au Canada
11 décembre 2007 - cyberpresse.ca
...depuis hier, des pays aussi importants que la Chine et l'Allemagne critiquent ouvertement le gouvernement Harper en matière d'environnement.
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Même la Chine fait la leçon au Canada
11 décembre 2007 - cyberpresse.ca
...depuis hier, des pays aussi importants que la Chine et l'Allemagne critiquent ouvertement le gouvernement Harper en matière d'environnement.
![]() Avant, cela se passait derrière des portes closes ou dans les milieux feutrés de la diplomatie internationale. Mais depuis hier, des pays aussi importants que la Chine et l'Allemagne critiquent ouvertement le gouvernement Harper en matière d'environnement. Sans compter l'opposition à Ottawa. Et le Québec. Et l'Ontario. Constat: les scientifiques et les environnementalistes sont désormais bien moins seuls sur l'après-Kyoto que ne l'est cette semaine le ministre John Baird à la conférence de Bali.
Mettant de côté l'habituelle réserve diplomatique, de plus en plus de pays se permettent de critiquer publiquement le gouvernement Harper. Derniers en date, l'Allemagne et la Chine, pour qui le Canada n'apporte absolument rien de productif à Bali. La gifle est d'autant plus embarrassante pour Ottawa que, pour la première fois dans l'histoire des conférences climatiques, la Chine est traitée ici en véritable héros autant par les négociateurs que les écologistes, qui saluent ses «efforts manifestes». Les rôles étant inversés, c'est donc au tour de Pékin de faire la leçon à Ottawa. Dans une rare incartade, un haut responsable de la délégation, Su Wei, a déclaré au Financial Times que le Canada et le Japon étaient «les deux pays les moins coopératifs» de la communauté internationale. Il s'agit donc en quelque sorte du monde à l'envers pour les experts de ce type de négociations, habitués de voir le Canada comme un modèle de la diplomatie climatique, et la Chine, comme un pays peu porté vers l'action environnementale. L'Allemagne n'a pas été tellement plus tendre avec le Canada. Le numéro 1 de la délégation, Karsten Sach, a en effet affirmé à la Deutsche Presse Agentur (dpa): «Nous, les Européens, nous ne voyons pas la position canadienne comme constructive.» Le dernier sprint Ces déclarations surviennent à un moment critique de la conférence de l'ONU en Indonésie, car le dernier sprint s'amorce demain avec les discours officiels de chaque pays. Les négociateurs savent alors qu'il ne leur reste que peu de temps pour élaborer une déclaration finale qui sera acceptée par chaque partie. Dans les couloirs, on dit espérer que l'ouverture manifestée envers le Canada dans le premier brouillon de la déclaration, dont La Presse faisait état hier, permettrait de lui arracher certaines concessions. Car à l'heure actuelle, les vues de la Chine et du Canada sont inconciliables: Pékin ne veut rien savoir des cibles contraignantes de réduction des émissions, Ottawa refuse de signer si Pékin ne s'engage pas envers de telles cibles. D'ailleurs, le responsable du bureau du protocole de Kyoto, Yvo de Boer, a laissé entendre hier que l'entêtement du gouvernement Harper pourrait être mal perçu par les autres pays: «Je trouve personnellement intéressant d'entendre le Canada avouer qu'il ne respectera pas ses engagements sous le protocole de Kyoto et d'exiger maintenant des cibles de réduction des pays en développement. Je me demande comment cela sera reçu», a-t-il dit, caustique. Au cours des dernières heures, le ministre canadien John Baird semble avoir entendu le message. Dans un communiqué envoyé en soirée, il a tenu à «rappeler» la position du Canada, selon laquelle un nouvel accord devrait inclure tous les grands émetteurs, avec des objectifs «communs mais différenciés». Ce jargon bureaucratique signifie qu'il est prêt à signer un traité qui ne demande pas de cibles globales à toute la communauté internationale. Reste à voir comment cette position sera accueillie par les autres pays, entre autres par la Chine dont la voix porte de plus en plus. Des félicitations à la Chine Les efforts déployés ces derniers jours par la délégation chinoise ont en effet reçu les félicitations d'une grande variété de participants, lui accordant ainsi une tribune comme jamais auparavant. Dans sa déclaration d'ouverture la semaine dernière, la délégation chinoise affirmait pour la première fois que «les pays en développement doivent en faire plus» en s'engageant à mettre de l'avant des politiques et des actions pour lutter contre les changements climatiques. C'est notamment ce qui a fait dire au responsable du groupe international de scientifiques travaillant sur le climat (GIEC), Rajendra Pachauri, que la Chine en fait beaucoup pour améliorer l'efficacité de ses sources d'énergie et qu'elle en fera probablement plus dans l'avenir. Yvo de Boer, que l'on surnomme le «Tsar de Kyoto», a tenu ce week-end des propos similaires. «La Chine a proposé des façons très concrètes et des idées très précises pour bâtir un régime climatique au-delà de 2012. Le gouvernement réalise clairement que ce problème se dirige tête baissée vers la Chine.» Surprise: même les écologistes n'ont que de bons mots pour Pékin. En entrevue hier, la porte-parole de Greenpeace Chine, Yang Ailun, a loué la délégation chinoise qu'elle dit plus habituée à «jouer un rôle défensif». «Cette fois-ci, c'est très différent, a-t-elle dit. La Chine a été très active, souhaitant clairement aider les négociations à avancer.» |