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"Ils ne réussiront pas. L'Europe n'a pas de moyen de pression sur la Chine, même moins que les Etats-Unis", commente Stephen Jen, stratège spécialisé dans les changes en Asie et en Europe à la banque d'affaires Morgan Stanley.

Les ministres des Finances ont convenu lundi de faire du yuan leur cible numéro un, devant le dollar et le yen, dans leur offensive contre les déséquilibres mondiaux jugés responsables de l'envolée de l'euro.

D'ici la fin de l'année, c'est un trio de choc qu'ils enverront à Pékin pour "engager un dialogue avec la Chine" : le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet, le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker et le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires Joaquin Almunia.

De source gouvernementale, on a précisé à Reuters que les Vingt-Sept envisageaient aussi de faire figurer la question des taux de change à l'ordre du jour du sommet entre la Chine et l'Union européenne qui se tiendra à Pékin à la fin novembre.

Marco Annunziata, économiste en chef chez UniCredit, doute du succès des pressions européennes là où le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, n'a obtenu que de piètres résultats.

Il estime cependant que cette nouvelle stratégie européenne pourrait renforcer la coopération entre l'Europe et les Etats-Unis pour résorber les déséquilibres économiques mondiaux.

"J'imagine que les dirigeants politiques américains sont sans doute contents de voir que leurs homologues européens partagent maintenant leur point de vue sur le yuan, à savoir que la monnaie chinoise devrait s'apprécier et à un rythme plus rapide", dit-il.

LE POIDS DE L'INFLATION CHINOISE

Pour autant, c'est en premier lieu contre le dollar et le yen que la monnaie unique a gagné du terrain. Depuis son lancement en janvier 1999, l'euro a augmenté d'environ 25% contre le yen et d'environ 21% contre le dollar. Rien qu'au cours des douze derniers mois, l'euro a pris quelque 10% contre les deux autres devises.

Contre le yuan, l'euro s'est apprécié de 8% environ depuis que la devise chinoise a été réévaluée en juillet 2005.

L'euro vaut actuellement 10,6 yuans contre 9,8 yuans à l'époque, tandis que dans le même temps le dollar a perdu 7% environ contre la devise chinoise, passant de 10,6 à 9,8 yuans.

Sans surprise, le ministère chinois des Affaires étrangères a répondu mardi aux Européens en réaffirmant que Pékin s'en tiendrait à sa politique de rendre le yuan plus souple avec le temps.

Simon Derrick, spécialiste des taux de change chez Bank of New York Mellon, relève pourtant que si la mission de la délégation européenne à Pékin semble vouée à l'échec, la Chine a ses propres raisons qui pourraient l'inciter à agir plus vite, "à commencer par les pressions inflationnistes dans le pays".

"Plus particulièrement, je note que le communiqué de la banque centrale (chinoise) à l'issue de sa dernière réunion trimestrielle insistait sur la nécessité de coordonner plus étroitement politique monétaire et politique des changes", dit-il.

Autre argument, même s'il semble plus farfelu, l'Europe pourrait avoir davantage l'oreille de Pékin car elle a jusqu'ici montré une attitude plus sobre que Washington ces dernières années à l'égard de la Chine.

"Le simple fait de ne pas être Américains pourrait faire la différence", estime Derrick.
 
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