
Si la question du développement durable est bel et bien inscrite dans le dernier plan quinquennal (2006-2010), au
quotidien, elle relève plutôt du tabou. La Chine aurait ainsi censuré plusieurs rapports inquiétants sur le coût écologique de
son essor économique.
Un chercheur du gouvernement a déclaré dans le Beijing News, lundi dernier, que Pékin avait bloqué une étude officielle
chiffrant les dégâts subis par l'environnement et que la publication d'un rapport évaluant le coût de la pollution en 2005 avait
été "retardée indéfiniment".
La précédente édition avait chiffré les dégâts écologiques à 511,8 milliards de yuans (67,7 milliards de dollars) en 2004,
soit 3,05% du produit intérieur b rut (PIB) chinois, un chiffre alors qualifié de "choquant" par un responsable de
l'Administration d'Etat chargée de l'environnement (Sepa).
Les économistes imaginent que le rapport de 2005, s'il a été retardé in extremis, révélait sans doute une facture encore
plus lourde que l'année précédente.
La Chine enregistre depuis plus de quatre ans une croissance économique à deux chiffres et manoeuvre en
permanence entre le risque de surchauffe et la crainte d'un ralentissement trop brutal qui pourrait aggraver les tensions
sociales.
Un coup de frein réel à la croissance chinoise n'étant pas d'actualité, "le problème principal reste l'efficacité
énergétique", souligne Jean-Charles Sambor, économiste chez TCW, filiale américaine de SGAM (Société Generale
Asset Management). "Or, celle-ci ne s'améliore pas en dépit des discours officiels."
La Chine comptait réduire l'an dernier de 4% sa consommation énergétique par unité de production, mais celle-ci n'a
baissé que de 1,3%. Toutes les régions, à l'exception de Pékin, ont manqué leurs objectifs.
LA FAUTE AU COMMERCE MONDIAL ?
Selon l'agence néerlandaise d'évaluation de l'environnement, la Chine serait devenue en 2006 le premier pays émetteur
mondial de CO2 devant les États-Unis, essentiellement à cause du charbon dont elle tire les deux tiers de son énergie et
du ciment dont la production explose pour répondre à l'urbanisation galopante.
L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime quant à elle qu'en 2030, l'économie chinoise émettra deux fois plus de
gaz à effet de serre que les États-Unis alors que jusqu'en 2002, elle contribuait à seulement 9% du total des émissions.
"Sans une réaction rapide et coordonnée des pouvoirs publics, les répercussions du réch auffement climatique
pourraient être très graves sur le grand delta de la rivière des Perles, la plus grande région industrielle de la Chine, qui
pèse 10% du PIB chinois et 30% des exportations chinoises", prévient Jean-François Huchet dans la dernière édition de
Perspectives chinoises.
Le dossier reste pour l'heure si sensible que Pékin a également rejeté en juillet des estimations de la Banque mondiale
selon lesquelles 750.000 Chinois meurent prématurément chaque année à cause de la pollution de l'air et de l'eau. Selon
le Financial Times, la Chine aurait demandé à la Banque de ne pas publier son étude par peur des réactions de la
population.
Elle estime aussi faire l'objet d'un procès injuste dans le contexte actuel de développement commerce mondial.
"Les pays développés ont transféré une grande quantité d'activités manufacturières en Chine", soulignait ce mois-ci Qin
Qang, porte-parole du ministère chinois des Affaire étrangères. "D'un côté, vous voulez augmenter cette production en
Chine et de l'autre, vous voulez condamner la Chine sur la question de la réduction de ses émissions (de gaz à effet de
serre)."
Les navires géants qui sillonnent la planète chargés de conteneurs avalent, pour les plus gros, dix tonnes de carburant
par heure. L'Institut des affaires publiques et environnementales, ONG basée à Pékin, souligne qu'au vu de la législation
actuelle, une entreprise ne court pas grand risque à polluer en Chine, qu'elle soit chinoise ... ou étrangère.
Le paradoxe va plus loin. Au nom du respect de ses objectifs en matière de lutte contre le réchauffement climatique,
l'Union européenne semble sur le point de donner raison au néerlandais Philips, qui milite pour une suppression des droits
de douane anti-dumping sur les ampoules électriques basse consommation qu'il fabrique sur le sol chinois.
La Chine assure une grande partie de la production mondiale de ces ampoules de nouvelle génération, alors
qu'elle-même n'est pas liée par les objectifs chiffrés du protocole de Kyoto sur les gaz à effet de serre.
Source:
http://bourse.challenges.fr/news.hts?menu=news_actualites&urlAction=news.hts%3Fmenu%3Dnews_actualites&idnews=RTR070731_00054741&numligne=22&date=070731