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Linceuils de Jade

Vigilant, le chef de section assembla d'urgence ses hommes. Des soldats y entrèrent ensuite, lampe de poche dans une main et fusil dans l'autre. Avançant à tâtons dans l'obscurité de la galerie froide et sèche, ils rencontrèrent au milieu du chemin des tuiles cassées, des carcasses de cheval et des débris de chariots.

20 mètres parcourus, ils arrivèrent à une bifurcation. Devant eux, c'était une autre galerie remplie de récipients de poterie, peints en couleurs fraîches et jolies. Ils se tournèrent à gauche, marchèrent quelques mètres, traversèrent un large puits et entrèrent dans une salle où se rangeaient, au milieu des gravats, divers objets dont bronzes, poteries, figurines de terre cuite ou de pierre et pièces de harnachement.

Excavée dans les rochers, la salle-caverne haute de 7 mètres pouvait contenir au moins 300 personnes. Les découvreurs ont fait immédiatement un compte-rendu au Conseil des Affaires d'Etat (gouvernement central) tout en arrêtant leurs travaux pour protéger la sépulture. Quelque temps après, une équipe archéologique de l'Académie chinoise des Sciences y arriva, et les fouilles commencèrent sur-le-champ.

Les inscriptions sur des objets qui y étaient déterrés montrent qu'il s'agit du tombeau d'un prince des Han, Liu Sheng, frère aîné du célèbre empereur Han Wudi (157-87 av.J.C.). Sous le règne de ce dernier, la dynastie des Han était à l'apogée de sa puissance militaire et de sa prospérité économique. L'agriculture, l'astronomie, la littérature, la musique et l'artisanat connaissaient alors l'essor. Les soieries de Chine furent exportées à l'époque vers l'Europe, via l'Asie centrale, tandis que des chevaux de Ferghana, la luzerne, le raisin et la noix furent introduits en Chine.

A l'autre bout de la galerie se tassaient des centaines d'ustensiles de poterie, grandes ou petites, d'une beauté fraîche, servant à contenir de l'aliment et du vin. Ceci corrobore la confirmation des experts. « Liu Sheng aimait à boire et à manger la viande », écrivait dans son ouvrage Shi Ji ( Mémoires historiques) le grand historien d'époque Si Maqian.
Les archéologues estimaient que dans la galerie et la caverne il existait avant une structure en bois et à toiture en tuiles, dont ils ne voyaient que la ruine.

Mais où était le cercueil ? Une porte de pierre, au beau milieu du mur de granit, en face de l'entrée de la caverne, fournissait une trace. Alors, on entra par un interstice au-dessus de la porte et ouvrit la porte de l'intérieur.

C'était une petite structure de plaques de pierre dont une partie du toit était écroulée, probablement à cause du tremblement de terre. Le plancher était couvert de plaques et de cendres de plantes qui avaient été mises évidemment sur le toit pour le protéger contre l'humidité. Beaucoup d'objets funéraires précieux furent trouvés au cours de l'arrangement minutieux des décombres.

Le cercueil de Liu Sheng était déposé sur un lit de marbre. Son bois avait pourri, laissant voir seulement les fibres du bois décomposés et des pelures de laque. Lorsqu'on les déplaça, un linceul de jade conçu d'or s'offrit aux regards. C'est pour la première fois qu'on a découvert en Chine un habit de jade complet.

Le costume est composé de 2 690 plaques rectangulaires ou carrées de jade, reliées l'une à l'autre par des fils d'or (leur poids total pesant 1 100 grammes) à travers les petits trous aux coins de chaque pièce.

Le jade fut travaillé avec une telle délicatesse que la finesse de chaque pièce est de 0,3 mm. Certains trous faits au foret à la forme de tube ne sont que 1 mm de diamètre, et des fils d'or, fabriqués par le tressage de 12 filaments, sont pliables et résistants.

Le corps du prince était enseveli dans cet habit formé de 12 parties démontables.

Le défunt avait dans les mains des croissants de jade et sous la tête, un oreiller de bronze avec incrustation de jade, dont les deux bouts étaient décorés chacun d'une tête d'animal dorée.

Selon les archives, l'habit de jade, également connu sous le nom de « cotte de jade », était exclusivement réservé aux empereurs et aux nobles de haut rang des Han. Dans la dynastie féodale, les habits étaient conçus d'or, d'argent ou de bronze en fonction du rang du défunt. Bien réservé dans chaque détail et restauré entièrement dans sa forme originale, l'habit est exposé au Musée du Palais impérial de Beijing, offrant un exemple frappant de la technique superbe des lapidaires et des orfèvres dans l'ancienne Chine.

A 100 km au nord du tombeau de Liu Sheng, fut découvert celui de son épouse, Dou Wan. Sa structure et son contenu sont à peu près les mêmes que ceux de son mari. L'habit de jade de la princesse est fabriqué avec 2 160 pièces, liées par 700 grammes de fil d'or. La réduction des fils d'or a été causée par l'emploi de fils de soie dans la liaison des pièces de jade sur la poitrine et au dos.

Dans les deux sépultures furent exhumés plus de 2 800 objets funéraires. Ces objets fabriqués il y a plus de deux mille ans permettent de bien connaître le développement de la métallurgie, du textile et de l'artisanat de l'époque en Chine.

Luo Qifan
http://french.peopledaily.com.cn/luo/Linceuils.htm

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